Pandore

 

    Hésiode d'Ascra est né vers le milieu du VIIIe siècle av. J.-C., en Béotie. Il est l'auteur de deux très longs poèmes dont la Théogonie, qui explique les origines du monde. Il fut le premier à évoquer le mythe de Prométhée : fils du Titan Japet, Prométhée vola le feu à Zeus pour le donner aux hommes, à une époque où il n'y avait pas encore de femmes parmi eux. Furieux, Zeus fit enchaîner Prométhée et le condamna à un horrible supplice : chaque jour, un aigle venait lui dévorer le foie, qui repoussait durant la nuit, et était à nouveau mangé par l'aigle le lendemain.

    La colère de Zeus se tourna aussi sur les hommes. Pour les punir, "il créa un mal destiné aux humains" : la femme. Il demanda à Héphaïstos de pétrir dans la glaise humide le corps d'une parthénos, une jeune vierge. Puis à Hermès de l'animer et de lui donner la parole. À Athéna, il confia le soin de l'habiller afin de parer, comme un écrin, la beauté de son corps.

Mythologie, La boîte de Pandore, Éditions Atlas

    Athéna lui fit revêtir une robe blanche, ajustée à la taille par une ceinture. Elle déposa sur sa tête un voile finement brodé qui illumine son gracieux visage. Héphaïstos lui confectionna un diadème d'or sur lequel il avait délicatement ciselé tous les animaux de la terre. Aphrodite lui conféra un charme et un pouvoir de séduction irrésistibles qui ne laissent insensibles ni les dieux, ni les hommes. 

    Mais Zeus ordonna à Hermès de mettre dans le cœur de Pandore la tromperie, la convoitise, dans son esprit la fourberie, dans son ventre l'insatiabilité, la voracité. Sous la plus belle des apparences, la femme cache ainsi une nature perfide. Telle est la vengeance que le roi des dieux réserve à l'humanité. Hermès lui donne le nom de Pandore qui signifie "présent de tous", car tous les dieux de l'Olympe ont participé à sa création. Il ne manquait pas d'humour car, comme le montre la suite de l'histoire, ce "cadeau" était plutôt un colis piégé.

   Ayant confié à Pandore une jarre fermée par un couvercle, Hermès la conduisit auprès d'Épiméthée (dont le nom signifie : "celui qui comprend après"), le frère de Prométhée ("qui comprend avant"), qui l'accepta comme épouse.

    Le mal à la parfaite beauté, le malheur déguisé en promesse de bonheur : voilà la créature qu'Épiméthée prendra pour épouse.

    Pandore s'installe chez Épiméthée. Sa curiosité la pousse à contrôler les richesses du foyer, notamment à vérifier le contenu d'une jarre où sont entreposées les nourritures. L'une d'elles, plus grosse que les autres, l'intrigue particulièrement. D'où vient-elle ?  Quel est son contenu ?  Épiméthée lui a bien recommandé de ne jamais l'ouvrir mais n'est-elle pas, après tout, la maîtresse de maison ?

    La voici donc qui soulève le lourd couvercle de la jarre. Aussitôt, tous les maux invisibles qu'elle renfermait s'échappent : la mort, la vieillesse, les maladies, la guerre, le désespoir, la tristesse, tous les malheurs se répandent en un instant à la surface de la Terre. Épouvantée, Pandore referme rapidement la jarre mais il est trop tard : seul Elpis, l'Espérance n'a pas eu le temps de sortir.

Mythologie, La boîte de Pandore, Éditions Atlas

    Zeus condamne ainsi les hommes à vivre avec les maux sans pouvoir les voir ni les éviter. Et s'il consent parfois à leur donner un visage, c'est celui de la séduction, de la beauté trompeuse à l'instar de Pandore. Il rend à Prométhée, qui avait voulu favoriser l'humanité en jouant sur l'apparence des choses, la monnaie de sa pièce.

    Autre conséquence de la création de Pandore, la première femme : désormais, il y a un masculin et un féminin, l'humanité est sexuée. Les hommes devront se reproduire pour assurer leur descendance. Le temps n'est plus celui des dieux, immuable, mais celui des mortels.

    À propos de Pandore, Hésiode précise : "c'est de celle-là qu'est sortie la race [...] maudite des femmes, terrible fléau installé au milieu des hommes mortels"! Il explique que les femmes sont une "belle calamité" : elles séduisent les hommes qui se laissant prendre au piège, les entourent d'amour pour "leur propre malheur"... En effet, comme Pandore, les femmes tuent les hommes peu à peu. Leur voracité matérielle n'a d'égale que leur appétit sexuel dévorant qui dérobe l'énergie vitale masculine. En réponse au feu dérobé par Prométhée, Zeus a donc envoyé aux hommes un autre feu destructeur : la femme qui consume chaque jour son mari et le dessèche avant l'âge.

    Quelque année après Hésiode, un autre poète grec, nommé Sémonide d'Amorgos, a dressé une liste des dix types de femmes créées par les dieux à l'origine. Pour symboliser les caractéristiques de chacune, il les associe à un animal (chien, porc, renard, âne, belette, cheval, singe et abeille) ou à un élément (la terre ou la mer). La femme-singe, par exemple, est laide tandis que la femme-porc est sale, la femme-chienne dévergondée, la femme-mer rusée et vicieuse, la femme-terre stupide, ... Seule la femme-abeille peut faire une épouse convenable : elle est obéissante et travailleuse ...

 

 

 

 

 

sources : texte : Mythologies, une anthologie illustrée des mythes et légendes du monde, p. 151, Édition Gründ, Paris, 2002

                         Atlas de la mythologie, La boîte de Pandore, Éditions Atlas, UE, 2003

                         Arkéo junior n° 74, les femmes dans la Grèce antique, p.16-17, avril 2001.

              images : Atlas de la mythologie, La boîte de Pandore, Éditions Atlas, UE, 2003