Hermès

Mythologie, "Hermès, dieu messager", Éditions Atlas

 

Fils de : Zeus et Maia

Attributs : chapeau à larges bords(pétasos), sandales ailées, caducée

Animal : coq

dieu du Vol, du Mensonge, des Commerçants, des Orateurs, de l'Éloquence, de la Santé, des Coureurs, des Voyageurs, du Bornage, dieu Berger, messager des dieux.

 

 

   Hermès était né, disait-on, en Arcadie, sur le mont Cyllène, le sommet le plus élevé du Péloponnèse. Ses parents étaient Zeus et Maia, la fille d'Atlas.

   Enfant précoce, le matin même de sa naissance, il se libéra des bandelettes qui l'emmaillotaient, se traîna à quatre pattes hors de la grotte où vivait sa mère et tomba nez à nez avec une tortue. Spontanément, l'idée lui vint d'utiliser sa carapace pour en faire la caisse de résonance d'un instrument de musique. Il tua l'étrange créature, lui ajouta un manche, une table d'harmonies et des boyaux de génisse. La lyre venait d'être inventée. 

    Ensuite, il déroba le trident de Poséidon, l'épée d'Arès et la ceinture d'Aphrodite. Puis il partit se promener jusqu'en Piérie, dans le nord de la Grèce. Voyant un troupeau paissant dans un pré, il décida de voler une cinquantaine de bêtes. Rusé comme un renard, il imagina le moyen de dissimuler son forfait : il fit marcher les bêtes à reculons ou il attacha des branches aux queues des bêtes, selon d'autres versions) et se confectionna des sandales d'écorce pour travestir ses propres empreintes. Puis il ramena son bétail à la maison non sans avoir, en chemin, pieusement sacrifié deux bêtes pour s'en nourrir.

   Malheureusement, le troupeau appartenait à Apollon qui entra dans une colère mémorable en apprenant le vol du troupeau.  Il parcourut toute la Grèce à la recherche de son bien et de guerre lasse, offrit une récompense pour toute information. Certaines versions racontent que ce fut Silène et ses satyres qui conduisirent Apollon à la grotte de Maia, d'autres qu'il y fut amené par un oiseau divinatoire. Quoi qu'il en soit, en arrivant à la caverne, il vit les dépouilles de quelques unes de ses bêtes, étendues non loin de là pour sécher. Sans hésiter, il tendit un doigt accusateur en direction du frêle nourrisson. Tout d'abord, Maia refusa de la croire, mais Apollon tint bon. Finalement, Zeus dut intervenir et Hermès, penaud, avoua le larcin et rendit le bétail restant.

   Pour apaiser le courroux d'Apollon, le bébé précoce se mit à jouer de la lyre qu'il avait inventée. Apollon fut si charmé par la beauté des sons qu'il entendait que, lorsque l'enfant lui tendit l'instrument pour se faire pardonner, il oublia immédiatement l'affront et ils devinrent les meilleurs amis de l'Olympe

    Il lui offrit également "la flûte de Pan" ou "syrinx". En remerciement, Apollon offrit à Hermès un bâton de berger qui, dès lors, devint son emblème. Plus tard, ce bâton fut représenté orné de deux serpents enroulés et prit le nom de caducée. Il est un symbole de la finesse du jugement pratique, du diagnostic et de la négociation difficile. Par ce troc, Hermès obtient la maîtrise de l'art des présages.

   Le nom même d'Hermès avait une origine plutôt profane. Il prend racine dans le terme grec herma, qui désigne la borne qui jalonnait les routes et les frontières. Dieu des Voyageurs et du Bornage, Hermès était vêtu d'une courte tunique, des sandales et du chapeau à larges bords appréciés par les Grecs lorsqu'ils voyageaient eux-mêmes. Dans son cas, toutefois, chapeau et sandales étaient équipés d'ailes offertes par Zeus pour lui permettre de se déplacer plus vite.

   Sur l'Olympe, Hermès était le messager des dieux et il les aidait à réaliser leurs projets. Par exemple, lors du jugement de Pâris, ce fut Hermès qui le conduisit sur le lieu du concours après avoir été choisi comme arbitre.

   Zeus ne se privait pas de faire appel à lui pour le sortir d'un mauvais pas. Lorsque la nymphe Callisto fut enceinte de ses oeuvres, il confia le bébé à Hermès pour le protéger de la colère d'Héra. Il lui demanda de soustraire Io à la surveillance d'Argos (monstre aux 100 yeux) commandité par Héra.

    Après que le monstre Typhon eut tranché les tendons de Zeus et les eut cachés(=> voir), c'est Hermès qui alla les chercher dans la grotte du dragon Delphynè, restaurant ainsi la force du roi de l'Olympe.

   Mais Hermès aidait aussi les autres dieux. Lorsque Arès faillit succomber à deux géants qui avaient réussi à l'enfermer dans une amphore de bronze, ce fut lui qui réussit à le libérer. Après que Sémélé eut péri pour avoir vu Zeus dans toute sa gloire, Hermès sauva l'enfant qu'elle portait en l'arrachant aux flammes. 

Mythologies, une anthologie illustrée des mythes et légendes du monde, p.191, Édition Gründ, Paris, 2002

    Il déposa également le nouveau-né Héraclès sur la poitrine d'Héra dont le lait conférait l'immortalité à tout humain qui en buvait. En l'occurrence les efforts d'Hermès ne furent guère récompensés. Le bébé mordit sauvagement le sein offert, ne gagnant dans l'aventure qu'une solide rancune de la part de la divine nourrice. Son lait gicla dans toutes les directions et se répandit pour former toute une galaxie, la Voie Lactée.

   Dans de tels mythes, le rôle d'Hermès reste secondaires, et, pourtant, dans la religion grecque ancienne, tout lui désigne une place de plus grande importance. Divinité pastorale à l'origine, les références littéraires qu'il aurait bien pu être le seigneur des animaux, souverain du royaume des bêtes sauvages. Son culte se tenait autour de son lieu de naissance, l'Arcadie, une région montagneuse du nord du Péloponnèse, où il fut vénéré dès le IIe millénaire avant notre ère.

   Son culte aurait pu s'imbriquer dans celui d'Apollon, autre divinité pastorale venue avec les envahisseurs du  nord, probablement au cours des derniers siècles du IIe millénaire. La razzia sur le bétail d'Apollon et la  réconciliation finale semblent illustrer leur rivalité originelle et leur acceptation conjointe dans le cœur des populations hellénistiques. Une autre divinité pastorale leur était associée : Pan, mi-homme mi-bouc, qui était le propre fils d'Hermès.

Mythologie, "Hermès, dieu messager", Éditions Atlas

    Hermès est un coureur intrépide dans tous les sens du terme. Beau parleur et tricheur en amour comme dans les affaires, il enchaîne les conquêtes. Un jour, il surprit Aphrodite dans son bain matinal. Malgré sa belle allure, la déesse se refusa à lui, mais l'effronté Hermès était un garçon plein de ressources. Il eut l'idée de faire venir l'aigle de Zeus qui déroba une des sandales d'Aphrodite. Désireuse de retrouver son bien, celle-ci sacrifia sa pudeur coquette, et accorda ses faveurs à Hermès. De leur liaison naquit Hermaphrodite, un être si beau que la nymphe Salmacis en tomba éperdument amoureuse. Leur acte d'amour fut si intense que leur deux corps fusionnèrent. Hermaphrodite fut, par la suite, représenté avec un corps de femme avec les attributs sexuels d'un homme : l'hermaphrodite originel.

    Quant à la malheureuse Apémosyne, parce qu'elle était insaisissable, Hermès la fit tomber à terre : ce n'est plus de la séduction, mais du viol. Avec une nymphe inconnue, il engendra Pan, effroyablement laid avec ses cornes et ses pieds de bouc. Il aima aussi Perséphone et Hersé. Même Héra ne lui résista pas. Croyant nourrir son fils Arès, elle lui donna le sein et finit par le traiter comme son enfant.

    Hermès était également lié aux cultes de fertilité. Les amas de pierre dont il tirait son nom n'étaient, à l'origine, que des piliers étayés par de gros cailloux. Au fil des siècles, une symbolique phallique s'élabora et les piliers devinrent une colonne surmontée d'une tête barbue, rappelant le sexe mâle. Ces "hermes" occupaient le centre des places publiques, dans toute la Grèce, où elles étaient censées apporter le bonheur. Beaucoup plus tard, les Romains, en plaçant les statuettes de Mercure en guise d'ornements propiatoires, semblent avoir perpétué cette coutume.

    L'opportunisme et la ruse légendaires d'Hermès lui valurent une solide réputation de dieu des Escrocs et des Voleurs. On lui doit l'invention des dés, et les joueurs l'invoquaient avant de parier. Un coup de chance était désigné comme un "don d'Hermès" et un silence soudain dans une assemblée s'expliquait par le fait qu'"Hermès était entré dans la pièce". Les "hermes" étant généralement érigés sur les places de marché, Hermès devint naturellement le dieu du Commerce et les Romains l'identifièrent à Mercure, leur propre divinité du commerce. Pour favoriser leurs activités, les commerçants avaient l'habitude d'asperger leurs denrées de l'eau d'une source consacrée à leur divinité de tutelle.

    Il créa également les rites, il inventa l'alphabet et un art divinatoire fondé sur le jeu d'osselets, les poids et les mesures. Il fut ainsi assimilé au dieu égyptien Thot, fondateur de la science secrète.

    Il veille sur les carrefours avec Hécate où sont dressés quatre piliers carrés pour l'honorer. Son attribut est le coq.

    Fin stratège, Hermès rendra de nombreux services aux mortels et aux héros. Par exemple, il fournit à Ulysse une herbe contre les maléfices de Circé, puis convainc Calypso de l'aider et souffla même à l'exilé la science qui lui faisait défaut pour bâtir un esquif.

    Zeus le choisi pour guider Héraclès, descendu aux Enfers pour capturer Cerbère, et pour ramener Perséphone près de sa mère. En effet, ce dieu populaire assurait un autre rôle très important, celui d'Hermès psychopompe, ou "conducteur des âmes" vers le monde des morts. Ceci rappelle son autre rôle en tant que divinité des chemins; en effet, dans les temps anciens, les tombes étaient généralement disposées le long des voies de communication. En outre, sa fonction de divinité des bornages le désignait tout naturellement pour aider les humains à franchir la plus irréversible des frontières, celle de la mort. Enfin, en tant que messager des dieux, Zeus lui avait accordé un privilège unique : le libre accès aux trois mondes : l'Olympe, la Terre et les Enfers.

  

 

 

 

 

sources : texte  : Mythologies, une anthologie illustrée des mythes et légendes du monde, p.188-191, Édition Gründ, Paris, 2002

                         Dictionnaire illustré des mythologies, p.134-135, Éditions de Lodi, France, 1997.

                          Le petit Robert des noms propres, p.954, France, 1997

                          Atlas de la mythologie, "Hermès, dieu messager", Éditions Atlas

               images : Atlas de la mythologie, "Hermès, dieu messager", Éditions Atlas

                             Mythologies, une anthologie illustrée des mythes et légendes du monde, p.191, Édition Gründ, Paris, 2002