Deucalion et Pyrrha

 

   L'idée d'un cataclysme général comme punition radicale pour l'humanité tombée dans le mal est partagée par de nombreuses traditions mythologiques (Inde, Chine, Amérindiens, ...). Généralement, un petit nombre de justes est finalement sauvé du désastre, lesquels repeuplent la terre, en transmettant leurs connaissances et leur morale aux nouvelles générations. L'histoire de Noé et de son arche , que l'on trouve dans la bible, est l'un des exemples les plus connus de ce mythe, probablement tiré d'un récit babylonien plus ancien qui a certainement influencé l'histoire grecque de Deucalion et Pyrrha.

    Les hommes de l'âge de fer(=> voir ne respectaient plus les dieux, ils étaient devenus méchants et impie. Décidés à se rendre compte par lui-même de la situation, Zeus prit une apparence humaine et sillonna librement les villes et les campagnes. Ce qu'il vit le remplit de dégoût pour le genre humain : partout régnait le crime et la guerre, le mensonge et la corruption.

    Au cours de son voyage, Zeus, déguisé en mendiant, se présenta au palais de Lycaon, roi d'Arcadie, qui avait, avec ses fils, la réputation d'être particulièrement irréligieux. Devinant qu'un dieu se cachait sous les traits de ce vagabond, les fils de Lycaon, sur son ordre, sacrifièrent leur frère, Nyctimos, et mêla ses entrailles à la soupe d'entrailles de moutons et de chèvres qu'il servirent à leur hôte. Furieux de ce sacrilège, le dieu foudroya sur-le-champ la famille de Lycaon. Dans sa miséricorde, il ressuscita Nyctimos et puisque l'audacieux roi avait le goût de la chair humaine, il fut transformé en loup. 

    Mais le châtiment de Lycaon n'a pas suffit  à calmer la colère de Zeus. De retour sur l'Olympe, il convoqua d'urgence le conseil des dieux. "Les hommes se comportent comme des animaux sauvages. J'ai donc décidé de les anéantir". Aucun des immortels présents n'y trouva à redire.

    Mais, toutefois, Zeus ne voulut pas détruire entièrement la race humaine. Après tout, elle était quand même le fleuron de la Création. Et que deviendrait les dieux sans hommes pour les honorer ?  Il décida donc d'épargner un homme et une femme à la vertu irréprochable, qui serviront de souche à une nouvelle génération.

    Son choix s'arrêta sur Deucalion, fils de Prométhée et roi de Pthia, et sur sa femme, Pyrrha, tous deux réputés pour leur grande piété. Avant de déclencher le déluge, Zeus permit à Prométhée de les prévenir. Lors d'une visite de Deucalion, il l'instruisit de la catastrophe qui se préparait. L'homme rentra chez lui, construisit un bateau en bois, y entassa des provisions et s'y enferma avec sa femme en attendant que passe le courroux de Zeus.

    Car celui-ci avait décidé d'engloutir les autres hommes sous un déluge d'eau. Pour accomplir cette besogne, il fit venir Notos. Bientôt les hommes virent le ciel se couvrir de nuages menaçants. Les laboureurs, inquiets, arrêtèrent de creuser leurs sillons. Les oiseaux se turent, tandis que les animaux furent agités par un mauvais pressentiment. La pluie commença à tomber. D'abord quelques gouttes, puis une averse drue. Enfin, des trombes d'eau s'abattirent, semant la panique parmi les hommes.

Mythologie, "Le déluge de Zeus", Éditions Atlas

    Mais le travail de Notos était encore trop lent pour la fureur de Zeus. Il appela son frère Poséidon. Ce dernier commanda aux torrents de grossir, aux fleuves de sortir de leurs cours et il provoqua des tremblements de terre. Des ouragans se déchaînèrent sur les mers, des raz-de-marée déferlèrent sur les côtes.

    Inexorablement, le niveau de la mer montait. Les terres habitées furent entièrement submergées. Le bétail et les animaux sauvages périssaient par troupeaux entiers. Les oiseaux, ne trouvant nulle branche où se poser, tombaient dans la mer et se noyaient. Les habitants des villes et des villages se réfugièrent sur les arbres, sur les toits des maisons, au sommet des édifices publics. Hommes, femmes, enfants, vieillards, tous supplièrent le ciel en pleurant. Mais il était trop tard pour se montrer pieux.

    Bientôt, les derniers rescapés furent emportées par les eaux montantes et allèrent rejoindre les monceaux de cadavres à la dérive. Ceux qui s'étaient réfugiés dans des barques ne survirent  pas longtemps : la faim eut tôt fait de les achever. Ovide raconte des scènes inouïes : "Là où naguère les maigres chèvres broutèrent le gazon, maintenant les phoques informes viennent se poser. Les Néréides contemplent avec étonnement des parcs, des villes, des maisons".

    Au bout de neuf jours et de neufs nuits de déluge, il ne restait plus une seule créature terrestre vivante, hormis Deucalion et Pyrrha. Leur bateau flottait sur un océan sans bords, ballottés comme un bouchon de liège. C'est alors que Zeus décida d'arrêter la pluie. Il ordonna à Triton de souffler dans sa conque pour rappeler les flots.

    Les eaux se retirèrent, laissant émerger des paysages dégoulinants. Iris, déesse de l'Arc-en Ciel, escorta les premiers rayons de soleil qui déchirèrent la couverture de nuages. Le coffre de Deucalion et Pyrrha accosta sur le mont Parnasse (ou sur l'Etna, ou encore sur le mont Athos). Le couple mit pied à terre. ils étaient saufs, mais seuls et sans but dans un monde vide.

Mythologies, une anthologie illustrée des mythes et légendes du monde, p.152, Édition Gründ, Paris, 2002

    Deucalion et Pyrrha remercièrent Zeus de sa magnanimité en lui offrant un sacrifice. Ils se rendirent au seul temple encore debout mais recouvert d'algues vertes, celui de Thémis, déesse de la Loi. Là, ils profitèrent de leur prière pour adresser humblement une requête au roi des dieux. Zeus, entendant leurs paroles, dépêcha Hermès après d'eux. Le messager des dieux avait pour ordre d'exaucer un vœu de leur choix. Deucalion et Pyrrha, esseulés et désirant la compagnie d'autres hommes, demandèrent alors que le genre humain soit reconstitué. 

    Du fond de la grotte, l'oracle se fit entendre : "Jette les os de ta mère par dessus ton épaule". Cela désorienta tout d'abord le couple, car offenser les restes d'un ancêtre passait pour le pire des sacrilèges. Mais soudain, Deucalion eut un éclair : la terre était leur mère et les rochers autour d'eux étaient ses os. Empoignant quelques roches, il les jeta par dessus son épaule et Pyrrha fit de même. Chaque pierre jetée par Deucalion se transforma en homme et chaque pierre jetée par Pyrrha devint une femme, jusqu'à ce que le monde fût de nouveau peuplé.

Mythologie, "Deucalion et Pyrrha", Éditions Atlas

     Les deux rescapés du déluge devinrent ainsi les créateurs d'une nouvelle génération d(hommes et de femmes dure et endurante qui mit un terme à la désolation terrestre.

 

 

 

 

 

sources : texte : Mythologies, une anthologie illustrée des mythes et légendes du monde, p.152, Édition Gründ, Paris, 2002

                         Mythologie, "Le déluge de Zeus", Éditions Atlas

                         Mythologie, "Deucalion et Pyrrha", Éditions Atlas

              image : Mythologies, une anthologie illustrée des mythes et légendes du monde, p.152, Édition Gründ, Paris, 2002

                          Mythologie, "Deucalion et Pyrrha", Éditions Atlas

                          Mythologie, "Le déluge de Zeus", Éditions Atlas