La guerre navale

 

    Les traces de guerres navales avant les guerres gréco-perses et les guerres puniques durant le dernier millénaire avant notre ère sont très rares. Les historiens en sont réduits à des spéculations savantes pour tout ce qui précède ces événements.

    Par exemple, les Minoens de Crète ont prospéré grâce au commerce maritime, de 3400 environ jusqu'à la catastrophe survenue en 1200 av. J.-C. Pendant ces deux millénaires, il semble que les Minoens aient contrôlé la Méditerranée.

    Les palais mycéniens de la partie continentale de la Grèce étaient fortifiés, contrairement à ceux des Minoens en Crète. L'absence de fortifications en Crète suggère que les Minoens exerçaient un contrôle si complet sur les flots que les murs d'enceinte étaient inutiles. La Crète était défendue par des navires de guerre qui empêchaient tout envahisseur de débarquer.

    Après la catastrophe de 1200 av. J.-C., diverses puissances se disputèrent le contrôle de la Méditerranée, parmi lesquelles on trouve les Grecs, les Phéniciens, les Perses (par l'intermédiaire des ports qu'ils possédaient en Méditerranée orientale), les Carthaginois, et les Romains.

    Des flottes comptant plusieurs centaines de vaisseaux s'affrontèrent lors de multiples batailles. À compter de cette période, nous disposons des informations les plus fiables quant à l'évolution des vaisseaux de guerre de l'Antiquité et à la façon dont étaient menées les batailles navales.

    Dès que la Méditerranée se trouva sous la domination des Romains, ce qui lui donna des allures de lac privé, la guerre navale (en dehors de la piraterie) disparut pratiquement en Europe.

 

L'évolution des vaisseaux de guerre

    Les premiers vaisseaux se divisèrent en deux catégories principales : les embarcations conçues pour transporter des cargaisons conséquentes, au détriment de la vitesse, comme les navires marchands et les navires de pêche, et ceux qui privilégiaient la vitesse pour prendre des chargements réduits mais importants tels que des diplomates ou des messagers.

    Les bateaux conçus pour la guerre devaient être rapides pour stopper les vaisseaux de marchandises ou pour l'emporter sur les navires de guerre ennemis.

 

L'importance de la vitesse et de la maniabilité

    Les bateaux messagers et les bateaux de guerre de l'Antiquité étaient des galères, conçues pour augmenter le puissance, à la fois grâce à des voiles et des rameurs, ces derniers ne servant qu'en cas de dépannage en dehors des batailles. La force des rameurs était d'une importance capitale durant les combats car elle seule permettait des manœuvres rapides et précises, y compris des demi-tours (les navires mus par des rameurs pouvaient littéralement pivoter sur place : il suffisait que les hommes de chaque bord rament dans des directions contraires) et les marches arrière.

    Les voiliers de l'époque n'offraient pratiquement aucune liberté de manœuvre.

    Les premiers bateaux messagers étaient allongés et fins, et non ramassés et larges, afin d'optimiser la vitesse. On pense qu'ils étaient dotés d'un mât unique qui servait à capter le vent quand les conditions étaient favorables.

    Des rameurs étaient alignés à chaque bord. Leur cadence était soutenue par les tambours, les chants ou tout autre dispositif rythmique. Les rameurs devaient manœuvrer ensemble pour plus de régularité. Quand les avirons s'emmêlaient, quand ils « prenaient un crabe » (le rameur ne réussissait pas à retenir l'aviron après avoir frappé l'eau et se laissait entraîner par la force motrice du bateau), l'interruption du mouvement interférait avec les manœuvres à la barre. Les conséquences pouvaient être désastreuses au cours d'une bataille.

 

Les galères de combat

    Le plus familier des anciens bateaux de guerre, la trirème, était un bateau élancé doté de trois rangées de rameurs à chaque bord et d'un bélier à la proue.

    Ce bateau était une variante du pentecontor grec qui prenait 50 rameurs à son bord. Les architectes navals souhaitaient augmenter la puissance en ajoutant des rameurs, mais le bateau, trop long, aurait risqué de casser en pleine mer. La solution était de superposer les bancs de rameurs.

    La trirème de base était mue par 170 rameurs et mesurait près de 120 pieds. Les premières furent construites à Corinthe, aux alentours de 700 av. J.-C. Après des années de modifications, ces embarcations devinrent le bateau de guerre par excellence, et ce, de 500 à 300 av. J.-C.

    Les trirèmes furent finalement remplacées par des galères, beaucoup plus larges. Sur les plus grosses d'entre elles, les avirons étaient manœuvrés par plusieurs hommes, parfois jusqu'à huit par aviron. Les grandes galères firent leur apparition dans la flotte de Dionysios I , roi de Sicile, par ailleurs instigateur de l'invention de la catapulte vers 399 av. J.-C.

    Après la mort d'Alexandre et la division de son empire, la dynastie des Antigonides de Macédoine et celle des Ptolémée d'Égypte se lancèrent dans une course à l'armement destinée à leur assurer le contrôle de la Méditerranée. C'est au cours de cette période qu'apparurent les plus grands navires jamais construits propulsés à l'aviron.

    Le plus colossal d'entre eux fut construit par Ptolémée IV d'Égypte au cours du IIe siècle avant notre ère. Il était doté d'une coque très semblable à celle du catamaran : ses deux coques, occupées par les rameurs, étaient surmontées par un vaste pont comparable à celui des porte-avions actuels.

    L'écrivain Athénée rapporte qu'il mesurait 420 pieds de long et 57 de large. Les avirons du troisième niveau faisaient 57 pieds de long. Ce bateau prenait 4 000 rameurs à son bord, 400 hommes d'équipages et 2 850 soldats. Il fallut attendre le XXe siècle pour voir un navire de guerre plus grand.

    Les historiens pensent que ce monstre était davantage destiné à la parade qu'à une utilisation pratique, mais de nombreux récits évoquent des combats engageant des galères immenses, bien que de dimensions plus modestes.

    Dès que Rome eut pris le contrôle de la Méditerranée, ces galères géantes, désormais inutiles, disparurent peu à peu après la bataille d'Actium en 31 av. J.-C. Les Romains gardèrent cependant dans leurs flottes des galères de taille considérable, y compris quelques galères géantes, dans de grandes bases navales, à Naples et à Ravenne, ainsi que dans des bases plus petites sur le pourtour méditerranéen.

    Le liburnian, le bateau le plus utile de la flotte, était une galère à deux ponts très proche de notre destroyer qui servait à pourchasser les pirates et à protéger la marine marchande.