Les Babyloniens (1900 à 539 av. J.-C.)

 

    Par deux fois, avant d'être absorbée par la Perse, Babylone, état-cité mésopotamien, connut une expansion propre à en faire un empire de première importance. Ces deux phases de développement furent suffisamment remarquables pour lui valoir d'être placée dans l'histoire aux côtés de deux grands peuples mésopotamiens, les Sumériens et les Assyriens.

    Entre l'Ancien Empire et le Nouvel Empire, Babylone redevint un état-cité de taille réduite mais opulent qui tombait de temps en temps aux mains de ses voisins.

    Si ce ne fut pas le cas de la culture babylonienne qui garda son identité et une relative constance, la population de Babylone connut de nombreux changements au cours de l'histoire. Ainsi les Amorites, les Kassites, et les Chaldéens furent tous, pour un temps au moins, des Babyloniens.

 

Le pays

    Les Babyloniens empruntèrent leur nom à leur capitale, Babylone, par ailleurs seule cité importante, située sur les rives de l'Euphrate, à l'ouest de Sumer et au sud de l'Assyrie.

    Jouissant d'une situation sur le fleuve propice à l'agriculture et au commerce, la ville ne disposait pourtant pas de défenses naturelles. Il lui fallait donc, pour sa sécurité, un chef militaire et une armée d'égales forces.

    Des agresseurs déterminés parvinrent en effet à saccager la cité à de nombreuses reprises au cours de son histoire chaque fois que l'armée ou le chef adéquats firent défaut.

 

L'émergence d'un pouvoir

    Le royaume de Babylonie fut fondé aux alentours de 1900 av. J.-C. par des barbares sémites amorites qui avaient envahi en quasi-totalité Canaan, Akkad, et Sumer près d'un siècle auparavant.

    les Babyloniens se libérèrent de ces intrus. Leur roi Soumou-aboum fonda une dynastie qui régna trois cents ans et domina un vaste empire.

    En 1792 av. J.-C., ce petit royaume revint en héritage à leur sixième souverain, Hammourabi, qui le gouverna jusqu'en 1750. Au cours de ces quarante-deux années, Hammourabi étendit le royaume, englobant Sumer à l'est et Akkad au nord et le sud de la Mésopotamie. C'était un très grand roi. Son armée, bien disciplinée, soumit les cités-États de Isin et de Larsa ainsi que le puissant empire de Mari. Il vainquit également les barbares Gutis venus des montagnes du Zagros dans le nord-est, lesquels avaient déjà ruiné Akkad. Il repoussa aussi les Élamites (à l'est de Sumer) et les Assyriens (au nord d'Akkad). Ce fut le premier grand empire babylonien.

Empire babylonien à son apogée sous Hammourabi et ses successeurs

La grande encyclopédie de l'histoire du monde junior tome 1, p.47, Éditions Nathan, Paris, France, 1994

    Après la mort d'Hammourabi, l'empire sombra peu à peu dans le déclin. En 1595 av. J.-C., les Hittites descendirent l'Euphrate et prirent Babylone d'assaut, mettant la cité à sac et détrônant les rois amorites. Cela marqua la fin du premier empire.

    Vingt ans plus tard, de nouveaux envahisseurs, les Kassites, prenaient position aux abords de Babylone et fondaient une dynastie. Les Kassites, qui n'étaient ni sémites ni indo-européens, venaient probablement de l'est des montagnes du Zagros.    Ils gouvernèrent Babylone des siècles durant avant la conquête assyrienne en 1158 av. J.-C. En 1027 av. J.-C., les descendants des Amorites avaient repris le pouvoir.

    Au IXe siècle av. J-C., des tribus nomades chaldéennes commencèrent à s'installer en Babylonie. Deux siècles plus tard, les Chaldéens étaient bien intégrés aux Babyloniens. Au cours des huitième et septième siècles, ils disputèrent aux Assyriens le contrôle de Babylone. Les Assyriens revendiquèrent la souveraineté pendant un temps mais, après des mouvements de rébellion, finirent par saccager la cité en représailles.

    En 625 av. J-C., un cheik chaldéen, Nabopolassar, s'empara du trône babylonien et à la suite d'une guerre très dure, il parvint à libérer le pays et écrasa les Assyriens, grâce à l'aide des Mèdes. La dynastie chaldéenne et le Nouvel Empire durèrent jusque 539 av. J.-C.

  Son fils Nabuchodonosor II, qui lui succéda en 605 av. J-C., fut le plus célèbre des rois de cette renaissance babylonienne. Prince guerrier, il entreprit diverses conquêtes et agrandit le territoire de l'Empire. En 597 av. J.-C., il prit Jérusalem et contraignit à l'exil le roi et la noblesse. Plus tard, le souverain fantoche de Jérusalem se rebella, et la cité fut reprise en 586 av. J.-C. après un siège de dix-huit mois. Cette fois, la plus grande partie de la population fut déportée à Babylone où leurs descendants demeurèrent jusqu'à ce que les Perses viennent les libérer. Cette période de l'histoire hébraïque est connue sous le nom de captivité babylonienne.

Deuxième empire babylonien à son apogée

La grande encyclopédie de l'histoire du monde junior tome, p.70, Éditions Nathan, Paris, France, 1994

    Mais Nabuchodonosor II consacra également beaucoup de temps à embellir la magnifique cité de Babylone. Il l'entoura d'immenses murailles en briques et donna à la porte principale le nom d'une déesse, Ishtar. Le roi lui-même se fit construire un superbe palais. Au-delà de la capitale, il favorisa le développement des autres villes de son empire. Partout, y compris en Syrie, il encouragea le culte de Mardouk, l'ancien dieu principal de Babylone.

    

L'économie

    Dans ses bases, l'économie de Babylone était caractéristique de la Mésopotamie de l'époque. Les canaux d'irrigation et les digues maîtrisaient les eaux de l'Euphrate, assurant, en temps normal, des récoltes abondantes de grain, de légumes et de fruits. À ces denrées s'ajoutaient des troupeaux de moutons et quelques vaches.

    Les Babyloniens faisaient commerce de leurs surplus de nourriture contre des matières premières telles que le cuivre, l'or et le bois dont ils se servaient pour fabriquer des armes, des ustensiles domestiques, des bijoux et d'autres objets qu'ils pouvaient vendre.

    Le Nouvel Empire (626 à 539 av. J.-C.) tira sa richesse du contrôle du commerce est-ouest et nord-sud, et donc avant tout du contrôle de la Phénicie, de la Syrie et d'autres ports du Levant. Depuis plus d'un millénaire, cette région occupait une position centrale dans les échanges du monde civilisé et suscitait pour cette raison la convoitise de tous les empires et pseudo-empires de cette période.

    Peu après la fin du Nouvel Empire babylonien, la région vit son importance décroître avec le déplacement massif des échanges commerciaux vers le centre et l'ouest de la Méditerranée.

 

La religion et la culture

    Les Babyloniens adoraient de nombreuses divinités et, au premier chef, Mardouk, dieu de la cité de Babylone. Ce dernier était figuré par un dragon dans les différentes œuvres d'art qui décoraient la cité. Tout au long de l'année, des fêtes honoraient des divinités particulières afin d'assurer les fidèles de leurs faveurs. Les festivités du Nouvel An en l'honneur de Mardouk étaient quant à elles gage de champs fertiles.

    Le Nouvel Empire fut, pendant une brève période, l'un des plus riches du monde. La cité de Babylone refléta cette opulence dans le gigantisme de ses monuments et le raffinement de leur ornement.

    Ainsi l'intérieur du Temple de Mardouk aurait, dit-on, été tapissé d'or. Au cœur d'un empire marchand prospère et de premier plan, le peuple de Babylone avait accès à des denrées exotiques et à l'artisanat du monde entier.

    Les mathématiciens de Babylone inventèrent un système de calcul fondé sur le nombre 60. Les 60 minutes contenues dans une heure, et les degrés du cercle, 60x6, en sont un lointain héritage.

 

La politique

    Le gouvernement du Nouvel Empire de Babylone adopta bon nombre des pratiques impériales assyriennes, ce qui contribua certainement à réduire la durée de son existence. Outre un rôle prépondérant dans les rites religieux majeurs, le roi disposait intégralement du pouvoir exécutif.

    Des gouverneurs administraient en son nom les provinces les plus importantes, mais il s'agissait généralement de Babyloniens recrutés dans d'autres régions. Ces chefs fantoches demeuraient souvent en place, à la tête de petits royaumes, ce qui entraînait de temps à autre des révoltes, comme ce fut le cas à Jérusalem.

 

L'architecture

    À plusieurs reprises, la cité de Babylone fut détruite et reconstruite, le plus souvent sur ses vestiges. Les bâtiments et les murs d'enceinte étaient construits en briques d'argile, d'abord séchées au soleil avant d'être cuites.

    La Babylone du Nouvel Empire fut l'une des villes les plus opulentes du monde. Les rois chaldéens la firent rebâtir et lui assurèrent une réputation de splendeur éternelle.

    L'Euphrate traversait la ville mais des douves le détournaient pour lui faire contourner les quatre murs d'enceinte. Une double muraille suivait le tracé des douves.

    L'historien grec Hérodote prétendait que le mur extérieur était si large qu'un chariot attelé à quatre chevaux pouvait y circuler. La cité comptait plusieurs portes, toutes nommées en hommage à un dieu important.

    La porte d'Ishtar ouvrait sur la Voie processionnelle, voie sacrée qui menait à la ziggourat et au temple consacrés à Mardouk. La porte, la voie sacrée et les temples étaient décorés de céramiques bleu vif qui représentaient des animaux réels et imaginaires.

 

Porte d'Ishtar

La grande encyclopédie de l'histoire du monde junior tome, p.71, Éditions Nathan, Paris, France, 1994

    Les deux côtés de la ville étaient reliés par un pont. La rive est abritait le palais et les temples, parmi lesquels de nombreuses ziggourats. La plus grande de celles-ci, édifiée par Nabuchodonosor II, était dotée de sept niveaux et portait au sommet un petit temple en l'honneur de Mardouk.

    Cette ziggourat correspond probablement à la Tour de Babel que mentionne la Bible. Nabuchodonosor fit également construire les Jardins suspendus de Babylone, une ziggourat de plusieurs étages décorée d'arbres et de plantes qui lui conféraient l'apparence d'une montagne.

    Selon la légende, ces jardins furent érigés pour rappeler à l'une des épouses du roi les montagnes de son pays natal. Les Jardins suspendus comptaient parmi les sept merveilles du monde antique.

 

L'art militaire

    On connaît peu l'art militaire babylonien, qu'il s'agisse de l'Ancien ou du Nouvel Empire, si ce n'est que l'armée de l'Ancien Empire d'Hammourabi a certainement fait grand usage des chars lorsque ceux-ci commencèrent à être employés.

    Les armées du Nouvel Empire copièrent sans doute énormément les Assyriens. Cela permettrait de supposer que les Babyloniens faisaient un usage intensif de la cavalerie, et en particulier d'archers montés. La piétaille se battait certainement avec des armes de fer et devait porter des heaumes et des cottes de mailles.

    Les Babyloniens et les Mèdes, leurs alliés moins évolués, s'emparèrent de trois places fortes assyriennes dans un laps de temps assez rapproché, ce qui laisse imaginer qu'ils avaient maîtrisé les techniques d'assaut que les Assyriens avaient mises au point pour prendre les villes.

 

Le déclin et la chute

    La succession de Nabuchodonosor II fut mouvementée. En 556 av. J.-C., au terme de sept années de turbulences qui virent trois rois successifs et deux rébellions, le dernier représentant de la dynastie chaldéenne, Nabonide, prince syrien, après avoir éliminé ses descendants, monta sur le trône de Babylone.

    Grand adorateur de Sin, Dieu de la lune, il négligea les affaires locales et les rites religieux pourtant importants associés à d'autres divinités. Plusieurs années de suite, il ne célébra pas les festivités du Nouvel An en l'honneur de Mardouk, dieu tutélaire de Babylone qui renouvelait la fertilité de la terre. Il entreprit également des réformes qui lui accordaient de fait le contrôle des finances des temples.

    Le climat d'incertitude et d'insatisfaction créé par ces événements coïncida dans le temps avec l'émergence de la Perse, nouvelle puissance orientale dont l'expansion et l'influence n'avaient cessé de croître.

    Sous le règne de Cyrus I, les Perses avaient commencé par renverser leurs maîtres, les Mèdes, avant de s'étendre au nord-ouest, en Anatolie. Au cours de ces conquêtes, Cyrus fit preuve de telles dispositions à la tolérance et à la clémence que ses adversaires ne lui résistèrent pas.

    Lorsque Cyrus se tourna contre les Babyloniens, il rencontra les faveurs d'une large partie de la population, y compris parmi les prêtres influents. Cyrus vainquit Nabonide une première fois à Opis. Ce dernier se réfugia à Babylone mais la ville se rendit sans résistance le 12 octobre de l'année 539 av. J.-C., et le dernier roi babylonien partit en captivité. Cyrus s'empara alors de la Babylonie, qui perdit définitivement son indépendance. 

    Les Juifs et les autres peuples prisonniers de Babylone furent libérés. Dans sa totalité, le Nouvel Empire de Babylone devint partie intégrante de l'Empire perse et l'identité de Babylone et sa culture cessèrent d'exister.

 

L'héritage

    Le premier empire babylonien est resté dans l'histoire pour le code juridique du roi Hammourabi, datant approximativement de 1750 av. J.-C. et prétendument dicté par le dieu Shamash.

    Les lois de Moïse dérivent de ce code. Les lois en elles-mêmes nous sont parvenues sur une stèle de pierre de près de trois mètres découverte à Suse. Les Élamites l'avaient emportée après le saccage de Babylone en 1158 av. J.-C. Le Nouvel Empire de Babylone se distingua en particulier par son opulence et sa magnificence.

    Les épisodes de l'Ancien Testament relatifs à la captivité des Juifs à Babylone en attestent, ainsi que les écrits de l'historien grec Hérodote qui visita la cité.

    Parmi les monuments les plus impressionnants de Babylone, citons ses murs d'enceinte, la porte d'Ishtar, la ziggourat et le temple consacrés à Mardouk, la Voie processionnelle et les Jardins suspendus.

 

 

 

 

 

sources : texte : La grande encyclopédie de l'histoire du monde junior tome 1, p.47-70-71, Éditions Nathan, Paris, France, 1994

                         Age of Empires, Microsoft Corporation, 1997 [CD-ROM]

              images : La grande encyclopédie de l'histoire du monde junior tome, Éditions Nathan, Paris, France, 1994