Sérigraphie A. Glotz
Binche a toujours entretenu avec soins le culte de la fête. On distingue les fêtes liées à l' église, les fêtes d' origine noble ou encore populaire. Parmi ces fêtes, le carnaval apparaît comme une fête populaire, destinée aux laïcs mais confisquée par l' Eglise à des fins religieuses. ( Dernière réjouissance avant le carême). Le Carnaval symbolise le monde à l' envers avec sa liberté de moeurs, ses masques et ses déguisements.
Gigounon 2002
Selon Samuël Glotz,la première mention du Carnaval dans les archives de la Ville de Binche remonte au 14 ème siècle ( 1394). En fait, les archives communales sont riches en renseignements pour le 19 ème siècle mais elles fournissent peu d' informations pour les siècles précédents ( au 18 ème siècle, quelques mentions éparses relatent des mascarades qui se déroulaient durant les jours gras à la veille du carême).
Peu d' archives communales, pas de photographie, il reste donc la peinture, la gravure et la tradition orale pour nous représenter le "Gille" et le "Carnaval".
Eaux-fortes F. Verhaegen (1913).
Le Carnaval, la danse, les masques, le Gille sont le résultat d' une longue évolution puisant probablement leur origine dans la nuit des temps.
De ses lointaines origines rituelles, le Gille conserve certains aspects de sa danse, ses gestes et l' usage du masque.
Ainsi, la danse du Gille, de type binaire est archaïque. On observe une claudication du pas, elle a un caractère rituel ;c' est une prière au nom de la communauté. La danse du Gille est en fait une danse d' homme, elle est virile, certains Gilles sont hargneux; il y a des "assauts" ( provocation entre Gilles où l' on se met face à l'autre et où l'on incite l'autre à danser plus fort au même rythme mais en levant la jambe plus haut et en choquant donc le sabot plus fort sur le sol). A l' origine nous avons une société agraire qui s' incline devant les puissances de la nature (feu, pluie, vent...) et on va danser pour obtenir des champs fertiles, un troupeau fécond, une récolte abondante; cette danse se fera au nom de la communauté et sera masquée. ( cf représentation du sorcier masqué en Arriège - grotte des trois frères).
Boeckmans 2005
Remarque: le masque est également associé aux traditions lithurgiques; dans l' antiquité , il n' y a d' ailleurs pas de danse sans masque.
Selon la tradition orale, l' un des premiers masques de Gille, serait un masque d' Arlequin ( photo ci-jointe du masque transmis par la famille Derbaix) qui, au 19 ème siècle, va évoluer et devenir ce masque de bourgeois connu de tous et parvenu jusqu' à nous grâce à notre ami Jean-luc Pourbaix.
Masque
arlequin
De son passé rural commun à la tradition masquée européenne, le Gille garde les sabots, son ramon, ses sonnailles, les bosses de paille dont on le bourre, l' épi de blé qui orne son chapeau..
Quant au Gille danseur rituel, sorte de prêtre du renouveau, pratiquant un cérémonial à signification magique, il n' a pas une origine unique; c' est un personnage hybride.

Pierrot-Gille
La première mention d' un personnage en habit dit de "Gille" dans les archives communales date de 1795. En fait, ce personnage a probablement été influencé dans son évolution par le "Pierrot-Gille" de la commedia dell' arte. Ce théâtre qui apparut au 16 ème siècle et qui eut en Italie son heure de gloire au 17 ème et 18 ème siècle, influencera les Carnavals de l' Europe entière. Il paraît évident qu' un lien originel existe entre le théâtre et le Carnaval; l' un et l' autre emploient le déguisement et le masque communs au spectacle et à la fête.(songeons également aux Pierrots de notre Carnaval, société constituée en 1937 et à la société des Arlequins fondée en 1966).
Polichinelle
Quant à notre Gille, il est le résultat d' une lente évolution associant la colerette-barette, chapeau, vêtement ample et renon du Pierrot-Gille aux bosses du Polichinelle. L' ensemble colorié en rouge jaune et noir après la naissance de la Belgique et embelli, embougeoisé progressivement. ( Champagne, huitre, orange etc.)
A noter que sur une gravure vers 1870 ( cf.photo), surnomée "les fumelles de d' Gilles", Monsieur Samuël Glotz y voit une notion de Gille costumé sans bosse; les bosses apparaissants progressivement pour donner de l' ampleur au personnage, pour l' embellir et pour en arriver au personnage actuel mélange de rusticité par certains de ses éléments ( toile, ramon...) et de beauté ( chapeau de plumes d' autruche...).
Collection S. Glotz;
reproduction Boeckmans .
Nous voilà bien loin de la tradition du Gille incas, tradition répendue érronément au début du 20 ème siècle. Quant à notre Carnaval et notre Gille, reconnus patrimoine oral et immatériel de l' humanité par l' Unesco en 2003, ils continuent à évoluer lentement mais sûrement: embellissement du costume du Dimanche gras, nombre de plus en plus élevé de participants dans nos sociétés de Gilles, départ par groupe de plusieurs Gilles s' étant habillés dans une même demeure le mardi gras matin, rondeau avec feu de bengale le mardi gras matin etc...
Le Carnaval de Binche est donc bien une tradition festive et évolutive. Quelle "forme" aura-t-il au 23 ème siècle... nul ne le sait.
De Lanoit Eric.
Bibliographie:
S. Glotz: Le carnaval de Binche 1983
MICM M. Revelard: Jeux et Réjouissance populaire d' antan 1997
S. Glotz: De Marie de Hongrie aux Gilles de Binche 1995
MICM: Binche et le Carnaval 2000
MICM M. Revelard: Arlequin et ses Compagnons 2005
DVD de JM Boeckmans: Le folklore en héritage 2005

Création A. Glotz (collection privée).