Les femmes de Gilles.
Novembre 2006,le conseil communal binchois désigne Christel Deliège (fille,soeur, femme et nièce de réguénaires) pour succéder à Michel Révelard à la tête du musée international du Carnaval de Binche.
Christel Deliège ( licenciée en anthropologie sociale U.LG.),a, pour son mémoire de licence, analysé le rôle de la femme dans le folklore binchois. En 2003, l' UNESCO ayant demandé un approfondissement sur le rôle des femmes dans le folklore binchois, c' est notamment grâce à ce mémoire que le Carnaval de Binche fut reconnu comme patrimoine oral et immatériel de l' humanité.

Mais quel rôle joue donc la femme dans notre Carnaval ? Petit rappel...
Le rite présent au coeur du Carnaval de Binche est celui de la fête de la fécondité: des hommes messagers du printemps lançant des symboles du renouveau, réveillent la terre de leurs danses.Seul un homme peut réveiller la féminité. Ce rite a aussi une dimension sacrale: le rituel est accompli par un " prêtre" et la femme ne peut endosser le costume de prêtre; c' est un sacrilège. Les Gilles rejettent donc l' idée de compter une binchoise parmi eux. Les binchoises ne le voudraient pas non plus, en cela, elles respectent le rite initial même inconsciemment.
Pour les touristes, le Carnaval est donc uniquement affaire d' hommes. C' est une erreur ... Si le Gille a un rôle public, la femme a un double rôle.
Le rôle public de la femme ne se limite d' ailleurs pas à suivre fidèlement son Gille. Evidemment, elle est l' assistant de son Gille ( notamment lorsqu' elle lui apporte son masque le Mardi-Gras matin pour la descente à l' Hôtel de Ville ou lorsqu' elle porte les oranges), mais elle a également une fonction protectrice: les femmes d' une même société forment en effet une coque autour de leurs Gilles; en se tenant par le bras, tournée vers l' intérieur, leur Gille toujours à portée des yeux, elles forment un cordon protecteur, elles permettent aux diverses sociétes de ne pas se mélanger mais surtout elles empêchent toute intrusion de spectateurs.

Le second rôle de la femme est le rôle privé: rôle essentiel et peut être plus important que celui du Gille.
Quand le Gille s' arrête à l' intérieur des maisons, il ne fait rien, ce sont les femmes qui s' affairent ( elles les aident à se déshabiller, boire, manger...; elles s' occupent des nombreux invités).
De plus elles ont un rôle essentiel dans le préparation de la fête: costumes et repas prennent toute leur attention des mois avant le Carnaval.
Elles ont également un rôle d' éducatrice. Les mères et femmes de Gilles forment le relais de la tradition binchoise en assurant la transmission et en veillant au respect de celui-ci; la meilleure chose qui puisse arriver à un Gille, c' est d' épouser une binchoise élevée dans un certain état d' esprit. Etre élevée dans l' esprit binchois, c' est suivre son homme pendant le Carnaval, éduquer son fils à devenir Gille et sa fille à devenir femme de Gille.
C' est la mère qui pousse son petit garçon à faire le Gille; dès qu' il tient plus ou moins droit dans ses sabots, il participe à la fête à côté de ses aînés. Sa mère le pousse à épouser un binchoise qui "saura comment faire"; puisque l' homme a constamment besoin d' une assistante autant qu' elle sache y faire et qu' elle y prenne goût. Et si à notre époque, les mariages entre binchois ne sont plus aussi fréquents, ce sera la mère du Gille qui initiera sa belle-fille à l' art du Carnaval et qui lui apprendra à aimer cette tradition ancestrale.
Le Carnaval, ce n' est pas seulement une fête mais un rite et tout comme le Gille rend service à sa Ville en accomplissant cet exercice rituel, la femme par son dévouement et son amour sans limite du Carnaval rend également service à sa Ville, un service naturel qui lui procure du bonheur. Tout en s' activant dans l' ombre, elles se révèlent être , en réalité, les véritables initiatrices et ordonatrice du rite. En surveillant l' accomplissement et la transmission du rite de très près, les femmes exercent un rôle important de protection de la communauté binchoise.
A ma grand-mère, ma maman, mon épouse, ma marraine et mes cousines qui m' ont permis de faire le Gille depuis tant d' années.
Eric De lanoit, février 2007
Source: Articles de presse 1999 traitant du mémoire de Christel Deliège sur les femmes de Gilles ( parution Réguénairement vôtre n° 26, 1 er trimestre 1999).