Les Gilles de caisse.

 Qu'est-ce c'est ça ?

 Le " Gille de caisse " est véritablement un parasite de la grosse caisse. A peine arrivé dans la société, il s'installe juste à côté d'un tambour, celui de droite ou celui de gauche, suivant ses préférences ; il y a donc des "Gilles de caisse" droitiers et des "Gilles de caisse" gauchers. Ce poste, il ne le quittera plus ; il est collé à la batterie comme une tique à la peau d'un chien.

Parfois, un autre gille, tente aussi la proximité des tambours, essaie en ayant l'air de rien d'approcher de la batterie. Peine perdue ! Le " Gille de caisse " sent le danger, il opère un mouvement tournant, donne quelques coups de bosse comme sans le faire exprès, il finit par décourager l'envahisseur. A moins que, conscient de sa supériorité et confiant dans les droits que lui donne la priorité d'occupation, il ne prononce à l'adresse de l'intrus un autoritaire " Les gamins devant " ce qui amène généralement la retraite de l'ennemi.

La présence d'une demi-douzaine de " Gilles de caisse " dans une société peut être au nombre des calamités carnavalesques. Elle suffit pour immobiliser un groupe, voir même tout le cortège.

Le " Gille de caisse ", en effet, ne s'inquiète que d'une chose : de la batterie. La société peut avancer ou ne pas avancer, il s'en fiche complètement. Le président, les commissaires, le bourgmestre même peuvent intervenir : " Voyons, chose (ou machin), avancez un peu ! Vous voyez bien que vous bloquez tout...!"  Mais chose ou machin est devenu sourd à ce qui n'est pas tambour.

Les musiciens, désespérés de voir toute tentative d'avancement, se décident à jouer sur place. Le groupe de gilles s'allonge, les premiers continuant à progresser jusqu'au moment où n'entendant plus la batterie, ils reviennent en arrière voir ce qui se passe.

Mais il ne se passe rien du tout, les " Gilles de caisse " n'ont même pas remarqué que tout est bloqué ; ils continuent impertubables, tandis que le Président vocifère : " Mais avançons donc, non d'un tonnerre ! ".

Ah... Les " Gilles de caisse ! ".

                                                                                                    Michel Godefroid.

Extrait Réguénairement Vôtre n° 14 (1995).