" El ramon d'gille.".

Le ramon est un des accessoires spécifiques auquel le Gille est, semble-t-il, très attaché.
Sa rusticité (assemblage de rameaux séchés de bouleau retenu par des liens de jonc) s'accorde très bien avec le costume de " toile grise " et les sabots de bois non peint du Gille.
Mais qu'est-ce qu'un ramon ?
Ce mot ne figure plus dans les dictionnaires actuels. On ne trouve plus que le verbe "ramoner" qui signifie racler l'intérieur d'une cheminée. Le mot " Ramon " a été remplacé par le mot " balai " qui sert au nettoyage du sol.
Pourtant, dans notre dialecte, le mot subsiste toujours. Ne dit-on pas chez nous : " En " ramonerez pour ramouner." ?
Le ramon ou le balai domestique se compose de deux parties : la brosse et le manche. Pendant des siècles, paraît-il, et jusque vers le milieu du XIXe siècle, le balai complet (brosse et manche) était utilisé pour frapper toute personne non déguisée venant au Carnaval à la manière de la vessie de porc gonflée d'air que l'on a bien connue à Binche jusqu'au début des années 60 Comme l'a si bien expliqué Adelson Garin, le balai a au fil du temps perdu son manche et le poids ainsi que le volume de la brosse ont fortement diminué.
Il était difficile de reconnaître dans le ramon d'il y a quelque temps, la brosse du balai. C'est pourquoi un membre de la société des Récalcitrants a voulu en revenir à un ramon plus significatif; celui que l'on voit maintenant est plus grand (+/- 45 cm contre +/- 25 cm avant) et plus évasé vers le haut des rameaux.
Toutefois, l'attachement du Gille pour son ramon est si fort qu'il lui est difficile de le remplacer. Aussi, à l'heure actuelle, il subsiste toujours deux sortes de ramon.
Pourquoi le Gille est-il tellement attaché à son ramon ?
Il lui est indispensable à ses yeux pour entrer dans la danse.
Ainsi, lors des répétitions de batterie, si le Gille n'a pas de ramon, c'est un "carton de bière" saisi sur une table de café qui le remplacera pour marquer les temps forts de la danse, pour rythmer sa cadence et régler son "pas de gille".
C'est le jour des soumonces en batterie et le matin du Mardi-Gras que le ramon entre en jeu. Il est lancé à l'ami que le Gille aperçoit dans la foule ou à toute personne qu'il veut honorer. C'est pour le Gille un geste d'amitié dont est fière la personne ainsi reconnue.
Le matin du Mardi-Gras (moment que je préfère par-dessus tout), lorsque la batterie joue "l'avant-dînner", chaque Gille danse pour lui seul, heureux d'être là, le sourire aux lèvres pour marquer son bonheur. C'est alors que s'ils sont quatre-vingts dans la société, vous voyez quatre-vingts pieds qui se lèvent en même temps, quatre-vingts sabots qui claquent ensemble et au bout de quatre-vingts bras, quatre-vingts ramons sont brandis et immobilisés en même temps dans un même geste.
Et au dernier battement de "l'avant-dînner", ce sont encore quatre-vingts Gilles qui, dans un ensemble parfait et l'espace d'une seconde, sont immobiles, le bras tendant leur ramon comme s'il s'agissait d'un sceptre.
Ce moment-là est magique.
Souvent, on entend dire que pour les Binchois, le Carnaval est une véritable "religion". Rien n'est plus vrai.
La preuve, lorsque mon cher frère Jean-Claude (dont le sourire nous manque tant ) est décédé, ce n'est pas avec un chapelet qu'il a rejoint sa dernière demeure mais bien avec
"es' ramon".

Georgette Cottin.
Extrait Réguénairement Vôtre n° 33 (2000)