OPINION
"L'admission de nouveaux gilles" : voilà un sujet qui fait et qui fera toujours office de grand sujet de discussion en période carnavalesque. Etablir des critères d'admission ne relève-t-il pas d'intolérance ? Quelle attitude adopter à une époque où l'on nous parle de Communauté européenne voire de mondialisation ? Pour être Gille à Binche, il faut être Binchois. Mais que signifie donc ce terme puisque depuis belle lurette, on n'accouche plus chez soi, et quant à la maternité de Binche, elle fait partie de l'Histoire de notre cité. L'attitude de quelques courageux membres de l' A.D.F. pour redéfinir le terme "Binchois" (voir annexe) ne peut qu'être à féliciter car fixer des critères signifie mécontenter certaines personnes. Il apparaissait pourtant opportun de définir les individus qui, ayant "l'âme binchoise", pourraient participer à ce grand moment de joie qu'est notre Carnaval. Le but est non pas de sélectionner des privilégiés mais de sauvegarder une tradition. Je pense, en effet, que si on admettait quiconque souhaite faire le gille à Binche, les fondements de notre FOLKLORE qui permettent de rendre notre Carnaval unique disparaîtraient très rapidement, noyés dans des réformes plus ou moins justifiées mais ne se basant pas sur l'esprit binchois.
Toutefois, diront certains, les critères de l' A.D.F. sont-ils justes ? Ou est-ce du perfectionnisme dépassé ?
Un individu habitant depuis 3 ans à Binche peut-il être considéré comme Binchois ? Est-ce trop ? Est-ce trop peu ? Faut-il être Belge pour faire le gille ? etc.… Autant de questions auxquelles il n'existe pas de réponse unique. J'estime que les critères de l' A.D.F. ont le mérite d'exister et doivent être respectés dans toutes les sociétés. Mais je persiste à penser que c'est surtout au sein même du comité des sociétés qu'il importe de "trancher" en considérant toutefois les critères de l' A.D.F. comme étant les critères minimum requis pour pouvoir être Gille à Binche. Si on estime que ces critères sont injustes alors, ayons le courage de les modifier ou de les supprimer en évitant ainsi toute polémique et hypocrisie. Certains me taxeront de doux rêveur, voire de naïf, ils me critiqueront au nom de l'évolution. Peu importe, car si je fais partie d'une espèce en voie de disparition, je sais que je ne suis pas seul à penser de la sorte et comme le disait le Furteu : "… mais apperdez m'fi qu'i n'suffit ni d'avoiâr des liârds pou avouâr el'dgille din l'vinte, i n'suffit nie d'avouâr in père v'nu au monde avant vou pou avouâr du sang d'binchou dins les veines… "ou encore comme l'écrivait Jean-Claude Cottin : " Il est a espérer que les très bonnes dispositions prises à l'unanimité par l'A.D.F. seront respectées scrupuleusement par l'ensemble de toutes les sociétés."
Pour conclure, je vais vous livrer ma définition du Binchois : "C'est une personne habitant ou ayant habité Binche de nombreuses années et intégrée à la vie binchoise de par sa famille ou de par ses activités".
Alors faut-il encore être Binchois (selon ma définition) pour faire le gille ?
A vous de trancher ? Et quoi qu'il en soit, comme l'exprime si bien Jean Bouffioux : " Que l'on pardonne au "Binchou" son chauvinisme ! Il est inévitable. Il n'est que l'excès d'un amour parfois mal contrôlé. Et il s'empreint d'agressivité vis-à-vis de celui qui ne respecte pas ou ne comprend pas le "caillou symbolique", le rituel ancestral ou le langage des pères. C'est normal puisqu'on touche à la source même de sa vie spirituelle."
Eric De Lanoit
Extrait Réguénairement Vôtre n° 33 (2000).