
Vendredi 17/08 (Copenhague)
Rouler à vélo en Scandinavie est un véritable
plaisir. Je vais essayer de synthétiser ici nos impressions
sur la qualité cycliste des 4000 kms parcourus.
1. Chronologie
En Norvège, nous avons emprunté l'unique route E6
qui descend du Cap Nord le long de la côte ouest à
un moment idéal. Début juin offre en effet de très
bonnes conditions climatiques, avec encore de grandes étendues
neigeuses pour se rappeler qu'on est si haut sur la carte, mais
un trafic encore tout à fait raisonnable car la saison touristique
ne bat pas encore son plein. Certains matins, nous roulions une
demi-heure avant de croiser la première voiture.
A part quelques tronçons en travaux, la route était
excellente et ne dépassait jamais deux bandes de circulation.
Peu avant les îles Lofoten (un must à vélo,
avec l'île de Senja et les îles Vesteralen), le trafic
augmentait assez considérablement et nous étions soulagés
de suivre des routes de campagne. La route côtière
17, qui descend de Bodø presque jusqu'à Trondheim,
fait l'objet d'un petit cahier touristique très bien fait,
avec toute une section "cyclisme".
La traversée du nord de la Suède offre d'abord de
beaux paysages de lacs et de forêts, puis dans la plaine avant
Umeå, les longues routes droites deviennent plus monotones.
Le trajet finlandais que nous avons suivi est beau pour l'authenticité
de sa campagne, mais trompeur et frustrant car on ne voit jamais
la mer, à cause des arbres et des chemins privés qui
mènent aux maisons d'été le long du rivage.
Les petites villes côtières par contre valent la peine
d'être vue, mais entre elles, on peut aussi bien s'enfoncer
dans l'arrière- pays via des petites routes, absolument splendides
et bucoliques.
En Suède à nouveau, l'itinéraire cycliste
"cykelspåret", que nous avons suivi de Stockholm
à Ystad, nous a vraiment bien plu. Les cartes aux 1/250.000
de la brochure étaient excellentes et la route généralement
très bien signalisée. Le choix de l'itinéraire
était très judicieux, mais nous émettons deux
réserves pour du cyclisme familial. Précisons bien
que ce ne furent pas pour nous des inconvénients majeurs
et que notre appréciation générale du cykelspåret
section sud reste très positive.
- Certains courts tronçons n'évitent pas les routes
nationales, très dangereux pour de jeunes enfants, par exemple.
Il faudrait leur trouver une parade, car si leur pourcentage de
l'itinéraire total est très faible, ils sont aujourd'hui
incontournables, et pourraient décourager des usagers potentiels.
- Certains autres tronçons, parfois plus longs, empruntent
des pistes très vallonées, que nous avons personnellement
adorées car l'environnement était superbe et la circulation
quasi-inexistante. Cependant, les cyclistes familiaux pourraient
être gênés par certaines montées très
raides (impossibles à monter avec une remorque) ou par les
descentes et les tournants en gravier.
2. Profil du cycliste
Le cycliste du grand nord est typiquement un homme seul entre 20
et 40 ans, nous n'avons pas vu une seule autre femme. La fraternité
est de mise: on s'arrête et on discute le coup avant de reprendre
la route. La plupart de ceux que nous avons croisés étaient
partis de chez eux à vélo (Allemagne, Belgique, Hollande,
Suisse, Suède, Finlande...) et comptaient y revenir à
vélo, avec parfois la variante des Pays Baltes et de la Pologne.
Aux Iles Lofoten, grande destination touristique, le public cycliste
s'élargit très fort, avec des vacanciers de quelques
jours ou 2 ou 3 semaines. Beaucoup de jeunes qui voyagent en couple
ou entre amis, mais également des retraités. On se
salue, mais on s'arrête moins pour bavarder, car il n'est
pas toujours évident de distinguer les cyclistes au long
cours, même si les sacoches de la roue avant sont d'habitude
un critère de distinction assez sûr. Le même
type de public suit la route côtière 17 qui descend
plus au sud.
Dans notre traversée suédoise lapone puis en finlande,
nous n'avons rencontré quasi aucun voyageur à vélo,
mais de nombreux cyclistes urbains, bien sûr.
Changement de décor dans le sud de la Suède, haut-lieu
du cyclisme familial semble-il. Nos amis Arnaud et Michèle
nous avaient raconté leurs vacances avec deux petits enfants
sur l'ile de Gotland, nous avons eu également une expérience
inoubliable avec la petite tribu de la soeur de Gaëtane, au
sud-est d'Ystad et sur l'île de Bornholm. Nous croisions régulièrement
d'autres familles et de très nombreux cyclo-explorateurs
d'une journée, de tous âges.
On vous en dira plus pour le Danemark, mais à Copenhague
même, le vélo est un des moyens de transport principaux,
au même titre que la voiture ou les transports en commun,
pour toutes les couches de la population, avec quand même
une majorité de jeunes. Les filles roulent volontiers en
jupe, ce qui offre un spectacle de qualité, avec quelques
malheureuses exceptions. Bref, la frénésie cycliste
de la capitale danoise est une expérience qui vaut vraiment
la peine d'être vécue.
3. Attitude des conducteurs
De manière générale, les conducteurs sont
courtois et respectueux vis-à-vis dec cyclistes. Sur la E6
norvégienne, on entendait souvent une voiture qui ralentissait
derrière nous pour laisser passer un véhicule en face,
ou attendre d'avoir une meilleure visibilité avant de doubler.
Nous remerciions le conducteur par un petit signe de la main gauche.
Deux ou trois fois, j'avoue avoir tendu le poing car des nerveux
nous frôlaient à une vitesse hallucinante.
Sans vouloir tirer de conclusion générale, nous avons
remarqué que l'agressivité des conducteurs est souvent
proportionnelle à la cylindrée de leur voiture. Si
vous conduisez une bagnole puissante, faites donc dautant plus attention
aux autres usagers de la route.
Selon nos observations et en caricaturant un peu, les motards sont
assez cool et respectueux des cyclistes, même si le bruit
de leur moteur nous casse les oreilles; les routiers sont sympas
(merci Max), même si leur camion crée inévitablement
des dangereux déplacements d'air; les chauffeurs de bus sont
nettement moins avenants et certains n'hésitèrent
pas à nous mettre en danger plutôt que de perdre quelques
secondes.
Nous nous rendons compte de plus en plus que la courtoisie et une
vitesse raisonnable ne sont pas des options sur la route, mais des
impératifs de sécurité; nous essayerons d'en
tirer la leçon pour nous-mêmes quand nous reprendrons
le volant.
4. Infrastructure
Dans toute la Scandinavie, jusque dans le grand nord, les routes
aux abords des villes et des grands villages sont pourvues d'une
piste mixte piétons/cyclistes, bien signalisée par
un rond bleu, d'un côté ou même des deux côtés
de la route. A la base, une infrastructure très utile donc
et dont nous avons bien profité, avec cependant quelques
faiblesses pour le cyclisme de longue distance. L'état des
pistes n'est pas toujours excellent (bosses, craquelures, soudaines
interruptions) et le féchage est insuffisant pour les étrangers
au quartier (sans avertissement on peut se retrouver sur une route
perpendiculaire à la direction suivie précédement).
A cause de ces inconvénients, plusieurs voyageurs à
vélo rencontrés ne les empruntaient jamais.
Du Cap Nord aux Lofoten, tous les tunnels sont ouverts aux vélos,
malgré que ce soit parfois une expérience assez stressante.
Plus aux sud, de nombreux tunnels sont interdits aux vélos,
et généralement des itinéraires alternatifs
sont proposés. Julien, un cycliste suisse rencontré
aux Lofoten, les avait tous empruntés, sans distinction...
Les accès aux bacs et ferrys sont toujours excellents; le
seul bus que nous avons pris n'acceptait normalement pas les vélos,
et les deux trains empruntés pour passer de Lund à
Copenhague étaient magnifiquement équipés.
L'équipement urbain de ces deux villes pour le vélo
est splendide, nous ne trouvons rien à y redire (il faut
juste s'habituer le premier jour au code de conduite sur les pistes
cyclables et aux feux).
5. EuroVelo
Pour clôturer ce premier rapport d'état des routes
cyclistes, il est difficile de donner une appréciation du
programme EuroVelo, car sur le terrain, rien n'est encore visible.
Nous pouvons juste réaffirmer que le projet a un réel
avenir et des usagers potentiels certains. Le choix des itinéraires
scandinaves paraît judicieux, même si à ce stade,
en dehors des itinéraires nationaux englobés dans
le projet international, il est impossible de savoir si l'on roule
bien dessus ou à côté.
Selon moi, le public suit un itinéraire pré-défini
quand il lui apporte une plus-value par rapport à un "do
it yourself" sur carte Michelin, ou autre. Cette plus-value,
au delà du choix judicieux de l'itinéraire qui doit
éviter les grands axes, repose d'abord sur une brochure ou
une carte globale qui montre la route surlignée en couleur,
ensuite sur une signalisation ad hoc sur le terrain. Des renseignements
pratiques (logement) et des explications touristiques sont certainement
utiles et agréables, mais pas indispensables dans un premier
temps.
Suite au prochain numéro...
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