
Vendredi 23 novembre (Antequera)
Ce mercredi, en pleine tourmente dans la Serranía de Ronda,
un traquet tout noir semble le seul à ne pas se soucier du
vent et du froid. Sur les pentes abruptes, il vole de rocher en
rocher en montrant son croupion blanc : tout confirme bien le traquet
rieur. J'observe un deuxième mâle 500 mètres
plus loin.
Aujourd'hui nous passons près d'un grand étang rond,
la laguna dulce. De la route déjà, j'aperçois
plusieurs érismatures à tête blanche. Nous nous
rapprochons, elles sont une trentaine: même si les mâles
n'ont pas le bec bleu en cette saison, cela reste un canard très
particulier. Les autres hôtes de cette lagune sont également
fort intéressants: deux flamants roses passablement délavés,
deux poules sultanes, de nombreux colverts, souchets et un couple
de chipeaux.

Samedi 17 novembre (Barbate)
Lors
de notre balade matinale dans les ruelles d'Arcos, mon attention
est attirée par un faucon crécerelle qui houspille
un rapace plus grand que lui : dessous blanc avec le bord arrière
des ailes noires, mais dessus brunâtre. C'est bien l'aigle
botté, tout à fait à son aise au-dessus
des maisons blanches perchées sur la falaise; il nous survole
de très près et se laisse admirer sous tous les angles.
Je dois encore mentionner deux nouvelles observations pour le voyage.
Il y a une semaine, par un jour de grand vent, très calme
au niveau ornithologique, un moineau soulcie bien sourcillé
fut une splendide consolation. Ensuite, lors d'une journée
radieuse, deux oiseaux de taille intéressante attirent mon
attention. Perchés au loin sur un gros rocher qui émerge
du maquis, ce sont des pigeons bisets, et je les retiens dans ma
liste car ils n'avaient rien de domestiques dans cet endroit très
retiré. Ils possédaient toutes les caractéristiques,
non batardisées, du "rock pigeon" comme les Anglais
le nomment fort bien.
Avec tout cela, j'ai largement dépassé les 200 espèces
pour ce périple (qui n'est pas fini)!

Jeudi 15 novembre (Adriano)
Fascinante lagune d'El Rocio... C'est fou tout ce qu'on y voit,
et pas de trop loin! En nous rendant vers un pont qui est un excellent
point d'observation, d'aimables ornithologues nous présentent
sur un plateau d'argent (une longue-vue Leica) un foulque à
crête parmi ses congénères macroules. Le temps
d'une seconde, j'aperçois effectivement ses deux petits tubercules
rouges, mais j'avoue que les différences de forme et couleur
du bec m'échappent un peu.
Plus excitant ensuite, même si ce n'est plus une coche pour
moi, la poule sultane (je crois qu'on dit porphyrion bleu maintenant,
désolé mon Heinzel de terrain a 16 ans d'âge).
Dans les étangs de La Rocina, elle se laisse magnifiquement
observer, son bec rouge clignotant presque au soleil de fin de journée.
L'hôtel
Toruño où nous dormons est hautement recommandable
pour les ornithologues romantiques. Toutes les chambres portent
un nom d'oiseau (Martin Pescador pour la 111 que nous occupions),
représenté sur les carrelages de la salle de bain
et les cadres pendus au mur. Nous avions un vue superbe sur la lagune.
Spectacle total ce matin.
Les échasses blanches sont partout, les avocettes sont moins
nombreuses. Bécasseaux variables et minute, chevaliers gambettes,
combattants, barges à queue noire, bécassines des
marais, gravelots à collier interrompus pour nommer quelques
limicoles. Les flamants roses passent leur temps la tête sous
l'eau, l'aigrette garzette est bien présente, mais en moins
grand nombre que les hérons garde-boeufs qui accompagnent
vaches et chevaux.
Malheureusement, l'heure du départ approche, saluée
par l'envol de quatre ibis falcinelles qui vont se poser plus loin
dans le marais...

Dimanche 11 novembre (Zafra)
Je dois revenir sur la belle journée en Extrémadure
de ce jeudi 8 novembre, comparable en émerveillement aux
premiers jours de juin dans le Grand Nord. Le spectacle de l'avifaune
méditérranéenne est grandiose et permanent.
Au lever, un premier groupe de pies bleues passe au-dessus de la
tente, volant d'un chêne vert à l'autre. Au total,
nous verrons bien 6 ou 7 joyeuses bandes ce jour-là, soit
au minimum 200 exemplaires, et leurs cris nous deviennent tout à
fait familiers. Les vautours fauves, grands planeurs, se déplacent
aussi en groupe; plusieurs fois ce jour-là, nous apercevons
leurs lentes escadrilles à la recherche d'une charogne appétissante.
Ils voyagent parfois assez loin l'un de l'autre, et je bondis souvent
sur mes jumelles pour vérifier s'il ne s'agit pas d'un vautour
moine, d'un aigle royal ou impérial... Tâche ardue
sans résultat probant à ce stade!
Les bruants proyers et les cochevis huppés sont toujours
aussi répandus, mais à un endroit j'identifie enfin
plusieurs alouettes calandres. Elles montent moins haut en chantant
que l'alouette des champs, les strophes sont interrompues, et le
cri est plutôt un trille "sec" qu'un triloui "liquide".
Elles sont aussi plus grandes, avec des taches noires au cou bien
visibles. Coche!
La fauvette pitchou se laisse régulièrement observer
entre les buissons du bord de la route. Elle m'a surpris par sa
petite taille et son aspect fragile, comparé à ses
cousines. Avec sa longue queue assez souvent relevée, elle
semble en déséquilibre permanent. Son "djer"
nasillard est très différent du cri en crécelle
de la fauvette mélanocéphale, que nous entendons souvent,
mais n'avons vu qu'une seule fois. La cisticole des joncs, troglodyte
des champs secs, est assez présente.
Sur les talus rocailleux du bord de la route, le bruant fou se
montre de temps en temps, avec son casque de cycliste à la
mode ancienne, ce qui nous le rend très sympathique bien
que nous-mêmes n'en portions pas. La pie-grièche grise
perche à intervalles réguliers sur les fils électriques
et les sommets des arbustes. Un étage plus bas, sur les piquets,
clôtures et petits buissons, c'est le tarier pâtre qui
est l'incontestable maître des lieux.
La huppe fait des aparitions régulières et dans un
vallon (fréquenté aussi par des hirondelles de rochers)
son "hu hu hu hu hu" sourd résonne, pareil à
quelque oiseau de nuit. A propos, une chouette chevêche s'est
magnifiquement laissé observer en plein soleil, perchée
sur un gros fil électrique, ne s'envolant que lorsque nous
nous sommes arrêtés à sa hauteur.
Partout, des bandes de fringilles se lèvent et se reposent
un peu plus loin: chardonnerets, linottes mélodieuses, serins
cinis, tout ce petit monde est bien en voix. C'est en effet très
frappant de constater combien les oiseaux chantent par rapport à
un mois de novembre en Belgique.
Terminons par deux grands et beaux oiseaux. En Extrémadure,
il est impossible de voir une église sans son ou plutôt
ses nids de cigognes blanches: à Plasencia, nous en avons
compté une douzaine sur le même édifice! Leurs
occuppantes sont parfois encore là, avec leur claquements
de bec si caractéristiques. Les cheminées d'usines
et les pylones à haute tension sont aussi des endroits très
prisés, les troncs d'arbres morts dans une moindre mesure.
Enfin,
la dernière observation à mentionner, et pas la moindre
de cette journée glorieuse, fut celle des grues cendrées,
chères à notre coeur de migrateur européen
nord-sud. Soudain, quelques unes d'entre elles s'envolent du bord
de la route, dans un superbe paysage de dehesa, et en rejoignent
bientot d'autres
posées en contrebas. Toutes prennent ensuite leur envol en
trompettant, et se placent en une vague formation pour s'éloigner
des intrus à deux roues, eux-mêmes au septième
ciel...

Dimanche 4 novembre (Los Santos)
Dans les vastes prairies sèches du sud de Salamanque, j'ai
repéré au loin derrière une bande de vanneaux
un oedicnème criard en vol. Deux pluviers dorés accompagnent
le vol d'un autre groupe d'une cinquantaine de vanneaux.
Une demi-douzaine de milans royaux s'élancent un à
un du bord de la route à travers un petit bois; avant d'arriver
à Los Santos, une vingtaine de pies bleues se laissent observer
de plus près cette fois. Notre tente est plantée dans
une sorte de garrigue où la fauvette pitchou fait entendre
son cri. Tiens! Une bécasse glisse dans le soir qui tombe...

Samedi 3 novembre (Salamanque)
Il est grand temps pour moi de dresser une liste complète
d'observations, qui vient s'ajouter à celle du... 24 juin!!!
Bien des biotopes ont été traversés depuis,
les latitudes et les saisons ont changé, ce qui représente
finalement une belle variété dans l'avifaune européenne.
Si je compte bien, j'en suis à 189 espèces pour ce
voyage, sans leur courir après!
grèbe huppé
grèbe castagneux
fou de Bassan
cormoran huppé
héron pourpré
aigrette garzette
héron garde-boeufs
spatule blanche
cigogne blanche
cigogne noire
cygne tuberculé
bernache nonette
bernache du Canada
tadorne casarca
ouette d'Egypte
canard siffleur
carnard pilet
canard souchet
fuligule milouin
balbuzard pêcheur
milan royal
épervier d'Europe
autour
buse variable
bondrée apivore
vautour fauve
busard des roseaux
busard Saint-Martin
busard cendré
faucon crécerelle
perdrix rouge
perdrix grise
caille des blés
faisan de colchide
grue cendrée
grande outarde
poule d'eau
foulque macroule
avocette
pluvier argenté
tournepierre à collier
bécasseau falcinelle
bécasseau cocorli
bécasseau variable
bécasseau minute
bécasseau maubèche
bécasseau sanderling
chevalier arlequin
chevalier cul-blanc
barge à queue noire
barge rousse
mouette pygmée
sterne caspienne
sterne Caugek
pingouin Torda
guillemot de Troïl
tourterelle turque
chouette hulotte
martinet noir
martin-pêcheur
pic noir
pic vert
pic épeiche
alouette lulu
alouette des champs
cochevis huppé
bergeronette des ruisseaux
pie-grièche grise
pie-grièche écorcheur
bouscarle de Cetti
cisticole des joncs
fauvette grisette
fauvette à tête noire
pouillot siffleur
roitelet huppé
gobemouche gris
gobemouche noir
tarier pâtre
tarier des prés
rougequeue noir
rougequeue à front blanc
rougegorge
rossignol Philomèle
merle noir
merle à plastron
grive draine
mésange à longue queue
mésange noire
mésange charbonnière
mésange bleue
mésange huppée
sittelle torchepot
grinpereau des jardins
bruant proyer
bruant zizi
chardonneret
linotte à bec jaune
beccroisé des sapins
moineau friquet
geai des chênes
casse-noix moucheté
pie bleue
crave à bec rouge
corbeau freux
corneille noire
choucas

Jeudi 1er novembre (Cantalpino)
Aujourd'hui, la surprise est venue dans le sens d'une montée
en grade. Que fait un petit groupe d'oies cendrés dans ce
grand champ désertique à droite de la route? Tellement
au sud, dans un endroit assez incongru... Jumelles. Des grandes
outardes! Elles sont quinze, le guide ne vient que confirmer les
caractéritiques observées: très grand oiseau,
cou gris, collier roux, belle queue barrée de roux que certaines
ouvrent parfois en demi-roue. Par contre, nous ne
voyons pas distinctement les moustaches (ou la barbe de l'outarde
barbue), ce sont peut-être des individus qui n'ont pas encore
les 6 ans requis pour cette marque honorifique. Elles nous ont vu
mais continuent à se nourrir en marchant, et disparaissent
15 minutes plus tard dans un repli de terrain où nous ne
les aurions jamais repérées... Quelle coche!
Deux groupes de pies bleues ont déjà traversé
la route devant nous, volant entre de joli pins en boule. Malheureusement,
à contre jour nous ne les avons pas bien vues (c'est l'inconvénient
de rouler vers le sud...). Les alouettes lulus chantaient ajourd'hui
et je devrais faire attention aux alouettes calandres qui se glissent
peut-être aux vols de bruants proyers et alouettes de champs.
J'aimerais aussi pouvoir identifier le cochevis de Thekla parmi
les omni-présents cochevis huppés. A suivre...

Mercredi 31 octobre (Ciguñuela)
Hier, j'ai failli avoir une attaque d'apoplexie en croyant apercevoir
un élanion blanc, mais aux jumelles, c'était un busard
cendré mâle. Le soir même, nouvelle montée
d'adrénaline quand un groupe de grues se rapproche de nous,
mais ce sont une cinquantaine de cigognes blanches en rangs d'ailleurs
assez dispersés. J'espère voir d'ici quelques jours
les beaux vols en V, ceci dit, je ne vais pas me plaindre de ces
observations...
Ce matin, quelques cigognes repassent dans l'autre sens pendant
que nous replions la tente: à peu de choses près,
elles ont le même horaire que nous pour venir et repartir
du dortoir. Pas étonnant, ces opérations pour nous
coïncident maintenant avec le coucher et le lever du jour.

Jeudi 25 octobre (Samaniego)
Depuis quelques jours, nous voyons régulièrement
des cochevis huppés et des bruants proyers. Avant-hier dans
un champ, trois cigognes noires se reposent; hier, deux autres sont
perchées sur un nid au sommet d'une haute cheminée
d'usine.
Pas moins de 35 vautours fauves cerclent aujourd'hui au-dessus d'un
pic de la Sierra de Cantabria! Et, depuis notre tente plantée
devant l'église de Samaniego, j'entends un tchiac familier:
deux craves à bec rouge se posent sur le clocher, exhibant
leur bec rouge au soleil couchant.

Lundi 22 octobre (Irurita)
Un peu plus bas que La Rochelle, le 11 octobre, quelques hirondelles
rustiques survolent encore la plage vers le sud, avec Fort Boyard
pour toile de fond. A Hossegor le 17 octobre, le spectacle du front
de mer ne se limite pas aux surfeurs. Il y a d'importants passages
d'alouettes, de pipits et de fringilles (pinsons, chardonnerets,
linottes...), en groupe parfois très nombreux.
Aujourd'hui, juste après la frontière espagnole, un
vautour fauve nous survole près d'Urdazubi, sur la route
du col d'Otxondo. A coté de lui, un milan royal paraît
minuscule.

Vendredi 5 octobre (Guenrouet)
Les martins-pêcheurs sont à la fête sur le canal
de Nantes à Brest. Nous en avons vu au moins une vingtaine
aujourd'hui, flèches d'un bleu métallisé qui
se poursuivent bruyamment. Les bergeronettes des ruisseaux sont
aussi très nombreuses. Tiens, le canal longeait un grand
arais en fin de journée, et j'ai entendu deux bouscarles
de Cetti, au chant bien sonore comme il se doit.
Le pouillot véloce lance encore de temps en temps son Tchif
Tchaf, mais peut-être hiverne-t-il déjà sous
ces latitudes? J'ai sans doute vu avant-hier hier ma dernière
hirondelle rustique de la saison...

Lundi 1er octobre (Roscoff)
Au bord de la mer aujourd'hui, une flèche orange et bleue
file au-dessus des vagues: le martin-pêcheur se pose sur un
rocher qui émerge, vole sur place le bec vers le bas, repart
plus loin dans le vent. Trois fous de Bassan, juvénile, intermédiare
et adulte, croisent au large. Plus près de la côte,
ce sont quelques sternes Caujek qui passent en criant.

Dimanche 30 septembre (Plymouth)
Sous chaque chaise de la cathédrale d'Exeter se trouve un
coussin brodé pour s'agenouiller, avec un nom d'oiseau ou
de fleur brodé sur le coté, et le dessin correspondant
au-dessus. De ma place, je pouvais donc observer les kingfisher,
chesnut, wagtail, dipper, brent goose, kestrel, collared dove...
Hier le 29/09 nous observions encore quelques hirondelles rustiques
et avant hier une hirondelle de fenêtre. Les faisans sont
légion dans le sud de l'Angleterre, et les perdrix sont les
rouges et non les grises.

Mardi 11 septembre (Huijbergen)
J'avais oublié de signaler hier 2 hérons pourprés,
hé oui, dans les Polders avant Kinderdijk. A moins que ce
fût le même exemplaire? Il s'est envolé d'un
fossé le long de la route, et nous en avons revu un deux
kilomètres plus loin. Au delà de Kinderdijk, 4 cigognes
blanches essayaient d'attraper une ascendance d'air chaud, tâche
ardue dans une éclaircie entre deux averses.
Le jour de l'observation des deux cigognes blanches posées,
j'avais oublié de signaler 3 grands corbeaux, dont l'un a
cerclé deux ou trois fois au-dessus de nos têtes pendant
que j'imitais son cri... Curieux, ces quelques observations de grands
corbeaux en plaine allemande ou hollandaise, tout près de
la mer. Sont-ils également présents en Flandre?

Mardi 4 septembre (Nunspeet)
Dans une prairie, deux cigognes blanches!

Lundi 3 septembre (Lemmer)
Dans la prairie mentionnée ce jour, 7 tadornes de Casarcas
côtoyaient une trentaine de cygnes tuberculés, qui
se sont envolés et ont fait entendre leur puissant battement
d'ailes.
Parmi les sempiternels vanneaux se tenait un groupe d'une cinquantaine
de combattants variables, dont deux ou trois exemplaires très
pâles, avec tout le dessous blanc.
Plus tôt aujourd'hui, une autre spatule et un busard saint-martin
femelle.

Samedi 1er septembre (Molenrij)
Hier nous passions à côté d'une grande prairie
inondée entre des digues, pas encore mentionnée comme
réserve mais débordante d'activité avifaunistique.
De nouveau un grand groupe de pluviers dorés se reposait,
entourés par les traditionnels vanneaux et plusieurs espèces
de chevaliers (gambette, guignette, aboyeur, combattant...).
A notre approche, de très nombreuses bécassines des
marais surgissent brusquement du bas-côté de la piste
cyclable, en zigzag bruyant. Les hérons cendrés s'envolent
avec des cris affreux, et un faux héron pourpré s'avère
être un vilain cormoran brun chocolat. Les canards sont toujours
en plumage d'éclipse, mais visiblement les sarcelles étaient
très nombreuses. La bonne surprise venait plus loin, avec
trois spatules qui avançaient en se nourissant, avec ce mouvement
latéral de leur bec si surprenant.
Toute la journée, les traquets motteux nous accompagnent
en nous précédant de piquet en piquet, et des groupes
épars de bergeronettes printanières volettent parmi
les moutons.
Aujourd'hui, autre surprise de taille le long d'un large fossé:
une cigogne noire (juvénile) qui s'est finalement envolée
lorsque nous sommes passés à sa hauteur, en suivant
doucement la piste cyclable le long de la digue. Nous ne faisons
jamais de détour pour aller visiter des haut-lieux ornithologiques
(sauf quand notre itinéraire y passe) et ces observations
spontanées, le long de la route, apportent une joie d'autant
plus grande qu'inattendue. Un chevalier culblanc croise notre route
sans un cri, filant contre le vent.

Vendredi 24 aout (Harstettermarsh)
Les plages de vase dégagées sont tellement étendues
(des kilomètres carrés, à perte de vue), que
c'est ici une véritable orgie de limicoles, dont nous n'observons
malheureusement qu'une infime partie. Signalons quand même
ces
échassiers, beaucoup en plumage intermédiaire:
- chevaliers guignette, gambette, arlequin, combattant, sylvain,
aboyeur
- bécasseaux variable, minute, maubèche, cocorli
- bécassine des marais
- grand gravelot
- pluviers argenté et doré (des centaines)
- tourne-pierre
- courlis cendré
- vanneau huppé
- avocette
- barge à queue noire
La plupart de ces échassiers pouvaient être observés
dans une petite mare, à deux pas de notre hôtel. Signalons
aussi les sarcelles d'hiver, souchets et pilets, grèbes à
cou noir et pygargue à queue blanche (juvénile).

Mardi 21 août (Vibaek Mølle)
Une petite réserve près de l'embarcadère du
ferry nous "réservait" quelques observations classiques:
vanneaux huppés, grands gravelots, chevaliers gambettes,
un chevalier aboyeur très agité, un bécasseau
variable.
Des colonies d'hirondelles de fenêtre sont encore en plein
nourrissage des jeunes. Les hirondelles rustiques par contre se
rassemblent sur des fils électriques avant le grand départ.
Passages d'hirondelles de rivage.

Mardi 7 août (Bakåkra)
De nouveau de nombreux limicoles sur les plages de Baltique: bécasseaux
variables, sanderlings, maubèches et cocorlis, chevaliers
guignettes et sylvains, grands gravelots, tout le monde picorant
la vase à qui mieux mieux.
Je réalise pour la première fois qu'ils ont à
peu près tous la même taille (sauf le costaud maubèche),
alors que j'imaginais le chevalier sylvain, par exemple, plus grand
que ses cousins bécasseaux. Du coup j'ai hésité
une minute avant de l'identifier, me demandant quel était
ce bécasseau à drôle d'allure! Rien de tel que
d'admirer une série d'oiseaux côte-à-côte
ou qui se croisent et se recroisent dans une belle lumière...

Samedi 4 août (Mörrum)
Dans les champs et les prairies du Sud de l'île d'Öland,
nous avons vu un busard des marais mâle et un busard cendré
femelle (confirmé par un connaisseur suédois: répartition
géographique, mais surtout tache blanche du croupion plus
étroite que celle du busard St Martin). A la réserve
d'Ottenby, pas grand chose à signaler en dehors des habituels
grands cormorans, cygnes tuberculés, eiders à
duvet et autres bernaches nonettes. Quelques chevaliers gambettes
et aboyeurs. Nouveauté pour le voyage cependant, avec deux
tournepierres. Par contre, un arrêt dans une anse de la côte
ouest 30 km plus haut se révéla excellent pour les
limicoles, surtout les bécasseaux, souvent en plumage intermédiaire:
- variables, en grand nombre
- maubèches, une douzaine
- de Temminck, 2 ex.
- minute, un seul
- cocorli, id.
- falcinelle, id. La seule fois que j'avais observé ce sympathique
courtaud à sourcil bien marqué, remontait à
1985, à Eilat en Israel. J'étais donc enchanté
de le revoir.
Quelques grands gravelots et chevaliers sylvains, le tout observé
dans une longue-vue de qualité, une Zwarovski très
lumineuse avec zoom 20/60.
A l'arrière-plan, une bande de phoques se prélassent
sur un banc de sable, certains couchés sur le dos de manière
fort amusante. Je m'en suis rendu compte récemment: depuis
2 ou 3 semaines, les oiseaux ne chantent plus. C'est surtout frappant
chez le pouillot fitis qui se faisait entendre absolument partout.
Restent en voix quelques bruants jaunes et l'un ou l'autre troglodyte.
Une caille aussi, qui a chanté toute la nuit près
de notre campement sur l'île d'Öland.

Mardi 31 juillet (Segers-Gard)
Deux silhouettes bien connues au bout d'un champ labouré:
nous nous arrêtons, ce sont bien elles, les grues cendrées
tant attendues! Un couple d'adultes se nourrit paisiblement. Je
m'étais fait une fausse idée à propos de la
nidification des grues, croyant qu'elles se retrouvaient également
en grandes colonies à ce moment. Matti, l'ornithologue finlandais
de Pori, m'avait détrompé, mais là nous n'avions
pas pu les voir, il faut dire que c'est une période où
elles sont fort discrètes.
Un peu plus loin aujourd'hui, nous longions un grand lac précédé
d'un marais et d'une belle roselière où nos spécimens
avaient sans doute leur nid.
L'honneur est sauf, nous avons enfin vu cette espèce emblématique
annoncée dès le départ dans le paragraphe "nature"
du chapitre "projet" de notre site, observation d'autant
plus agréable qu'inattendue à ce moment-là...

Dimanche 29 juillet (Trosa)
Sur un bac emprunté aujourd'hui pour traverser un bras
de mer, des cris d'hirondelles de fenêtre se font entendre.
Les nids sont situés sous les superstuctures en acier, et
voyagent ainsi de 250 mètres tous les quarts d'heure! Les
adultes qui nourissent en tiennent compte, car au sortir du nid,
ils repartent chasser les insectes vers la rive de destination...

Vendredi 20 juillet (Luvia)
Quelques observations de ce 20/07 aux alentours de Pori:
- grèbe huppé
- héron cendré
- cygne tuberculé
- oie cendrée
- bernache du Canada
- tadorne de Bellon
- tadorne de Casarca: échappé? pas certain...
- harle huppé
- balbuzard pêcheur: 3 ex volent ensemble. L'un deux transporte
plus tard un gros poisson dans ses serres
- bondrée apivore: un couple de très près
- busard des roseaux: male et femelle
- pluvier argenté: 3 ex en vol
- bécasseau variable: très grand groupe
- bécasseau minute: 1 ex
- bécasseau maubèche
- chevalier gambette
- chevalier aboyeur
- chevalier sylvain
- combattant variable
- barge rousse: 1 trel beau specimen...
- mouette pygmée: jeunes et adultes
- sterne caspienne: 7 ou 8 ex, splendides
- sterne arctique
- sterne pierregarin
- pic épeiche
- fauvette grisette
- phragmite des joncs
- gobemouche gris
- grive draine
- choucas
- corbeau freux
Autres observations de ces derniers jours:
- autour des palombes
- épervier d'Europe
- pie grièche écorcheur

Lundi 09 juillet (Tärnaby)
De ci, de là, de nouvelles observations ou des oiseaux déjà
observés qui se remontrent joliment. Hier un groupe de tarins
des aulnes arrive bruyamment dans un bouquet de bouleaux. Au bord
d'un lac, 4 hareldes boréales émettent de curieux
cris en renversant le tête vers l'arrière.
Dans le ciel au dessus d'une colline, une bondrée apivore
cercle. A l'embouchure de la rivière, un bel harle huppé
mâle remonte le courant, et 3 km en amont, dans un endroit
très sauvage où la rivière est plus large,
un groupe de garrots à oeil d'or, toutes des femelles ou
des jeunes, se tient à distance respectable. Un mâle
de bergeronette printanière se laisse observer de très
près. La bécasse nous survole presque tous les soirs
avec ses Tsip et ses grognements.

Dimanche 1er juillet (Vaerøy)
Le spectacle était total en bas de la falaise près
de Mostad, couverte de mouettes tridactyles fort bruyantes. En mer,
sur l'eau calme, guillemots de Troïl, petits pinguoins et macareux
moines se mélangent dans de larges groupes. Le guillemot
à miroir préfère comme toujours nager à
l'écart, seul. Trois cormorans huppés se tiennent
comme des sentinelles sur un rocher proche. Deux pygargues survolent
la scène, ils leur manque des plumes aux ailes et leur queue
n'est pas blanche (juvéniles en mue?). Le plus fascinant
est de voir dans le ciel, à la limite des nuages aujourd'hui,
là ou ils doivent nicher dans les trous et anfracuosités
supérieures de la montagne, les macareux et Cie qui foncent
en vol comme des petites fusées.

Mardi 26 juin (Stamsund)
Enfin deux linottes à bec jaune sont identifiées
avec certitude, posées sur un rocher. Pendant le même
arrêt, j'observe de loin un merle à plastron qui vole
de pierre en pierre sous une grande falaise.

Dimanche 24 juin (Svolvaer et environs)
Après 3 semaines de voyage, voici une liste récapitulative
de mes observations, avec des remarques particulières ainsi
que quelques impressions générales.
Ce qui frappe bien sûr avant tout est le comportement nidificateur
et le plumage nuptial d'espèces observées traditionnellement
en hiver ou en migration en Belgique. C'est à la fois fantastique
et déroutant, car il faut aussi s'habituer à de nouveaux
chants, comme celui de la grive mauvis.
Un deuxième point important est la densité géographique:
le territoire de chaque oiseau semble très étendu,
et les observations du pluvier doré, typiquement, sont assez
espacées, mais comme la zone ocuppée est gigantesque,
cela permet de donner une idée des concentrations que l'on
peut obtenir en hivernage.
Il est aussi amusant de noter toutes les premières observations
qui apparaissent au fur et à mesure que nous descendons lentement
vers le sud. Nous sommes cependant toujours bien au Nord du cercle
arctique, et de très nombreuses espèces déjà
observées ont une carte de répartition qui commence
plus au Sud selon Heinzel.
Enfin, toutes ces observations ont été effectuées
le long de la route ou aux abords immédiats de nos endroits
de camping. Elles sont déjà pour moi une manne extraordinaire,
mais une recherche plus systématique de voyage ornithologique
aurait sans doute permis de compléter cette liste par quelques
absents que je regrette, comme le bruant des neiges, le jaseur boréal,
le mésangai imitateur, la mésange lapone, le grand
tétras, le pic tridactyle, pour n'en citer que certains.
Mais ce n'est pas là la priorité de notre périple...
PS:
je dois rectifier mon observation de chouette lapone, par relecture
du guide et échanges avec le biologiste rencontré
il y a une semaine, l'habitat n'était effectivement pas du
tout ad hoc, et j'ai donc du me rabattre sur l'évidence d'un
hibou des marais, qui ne m'avait pas paru familier alors que je
l'avais déjà observé à 2 ou 3 reprises
à la côte belge, il y a fort longtemps...
Liste des "coches" arrêtée au 24 juin:
- plongeon arctique: 1 couple à Tromso, puis 1 autre ex
- plongeon catmarin: 1 seul ex sûr
- grèbe esclavon: 1 ex isolé et un couple
- grand cormoran
- héron cendré
- cygne sauvage: deux couples
- oie cendrée: deux groupes
- tadorne de bellon: qqes ex un seul jour
- canard colvert: ici et là
- sarcelle d'hiver: petits groupes 2 ou 3 fois
- fuligule morillon
- eider à duvet: absolument partout, avec des poussins
qui plongent déjà comme leurs parents
- macreuse noire: plusieurs groupes
- macreuse brune: un seul couple
- garrot à oeil d'or: id
- harelde boréale: plusieurs fois dans le grand nord
- harle bièvre: très régulier
- harle huppée: commun, observation quotidienne
- pygargue à queue blanche: il paraît que les Iles
Lofoten représenent une des plus grandes concentrations
européennes
- buse pattue: 2 ou 3 ex
- faucon émerillon: 1 ex
- lagopède des saules: surtout bien au Nord
- huîtrier pie: ce joyeux clown est notre compagnon quotidien
- grand gravelot: très répandu
- pluvier doré: régulier mais dispersé
- vanneau huppé: régulier depuis qqes jours
- bécasseau de Temminck: le fou volant
- chevalier gambette: le préféré de Gaëtane...
avec la mouette rieuse dont la tête a la couleur du chocolat!
- chevalier aboyeur: 1 ou 2 fois seulement
- chevalier guignette: régulier
- chevalier sylvain: 2 fois
- combattant variable: 2 obs. seulement, en plumage splendide
- courlis cendré: depuis qqes jours
- courlis corlieu: très régulier
- bécasse des bois: 3 endroits, la dernière fois,
grognements de gorge bien entendus en plus de "tsip tsip"
- bécassine des marais: 1 seule démonstration de
vol nuptial
- labbe parasite: régulier
- labbe à longue queue: 2 ou 3 fois
- mouette rieuse
- goéland argenté
- goéland brun
- goéland marin
- goéland cendré
- mouette tridactyle
- sterne pierregarin: 1 seule fois identifiée avec certitude
- sterne arctique: abondante parfois
- macareux moine: depuis les ferrys
- guillemot à miroir: plusieurs fois, toujours seul
- pigeon ramier: 3 ex
- coucou gris: tous les jours
- hibou des marais: et non chouette lapone...
- hirondelle rustique
- hirondelle de rivage: très régulière
- hirondelle de fenêtre
- pipit sp: pour moi, c'est le casse-tête. Avec un peu de
chance, j'ai déjà croisé le farlouse, spioncelle,
des arbres, à gorge rousse...
- bergeronnette printanière: 2 ex
- bergeronnette grise: partout
- accenteur mouchet: 1 ex
- phragmite des joncs: très régulière
- fauvette babillarde: 1 ex
- fauvette des jardins: ici et là
- pouillot véloce: 1 ex hier
- pouillot fitis: le roi des pasereaux, ici
- traquet motteux: régulier
- gorgebleue: moins souvent; habitat moins propice
- grive littorne: la reine avec le pouillot fitis
- grive mauvis: régulière
- grive musicienne: 1 ex
- mésange boréale
- cincle plongeur: 1 ex en vol le long d'un fjord!
- bruant jaune
- bruant des roseaux: commun
- bruant lapon: que qqes ex
- pinson du nord: émet un cri que Gaëtane prend chaque
fois pour un coup de klaxon lointain...(d'un bus postal en fin
de course!)
- pinson des arbres
- bouvreuil pivoine
- verdier: en progression vers le Nord, d'après le biologiste
- sizerain flammé: très présent
- moineau domestique
- étourneau sansonnet
- pie bavarde
- corneille mantelée: très commune
- grand corbeau: nous passons régulièrement le long
de falaises où les jeunes au nid croassent et grincent
abominablement...

Samedi 23 juin (Svolvaer)
A nouveau un pygargue, qui semble ici monnaie courante: des kayakistes
de mer m'ont dit hier en avoir vu une vingtaine perchés ensemble
sur des rochers. Un lac avec au loin un couple de grèbes
esclavons, un coteau escarpé, et les premiers tchif tchaf
du pouillot véloce. Hier soir au camping, grive musicienne,
pinson des arbres et troglodyte étaient aussi entendus pour
la première fois du voyage.

Vendredi 22 juin (Stokmarknes)
C'est le temps des cendrés: premiers hérons cendrés,
dont celui observé le plus près, avec un bec rouge???
Premiers courlis cendrés, énormes en comparaison avec
les corlieux, bec démesuré, cri plus familier, évidemment,
mais aussi une sorte de yak, yak d'alarme. Hier, un groupe d'un
cinquantaine d'oies cendrées, sur un fjord calme. Pic cendré,
non, et j'attends toujours de voir le tridactyle...
Mais l'observation du jour est certainement un magnifique plongeon
arctique, qui s'est laissé observé à loisir:
plus massif que le catmarin, gorge noire, stries blanches sur les
côtés du dos.
J'ai oublié de signaler que hier, un faucon émerillon
est passé à toute vitesse devant les deux pygargues
sérieux comme des papes.

Jeudi 21 juin soir (Risoyhamn)
En quittant Andenes, j'observe distraitement le spectacle habituel
d'oiseaux qui houspillent des goélands... Mais en y regardant
de plus près, les houspilleurs sont eux-mêmes des goélands,
et le houspillé, beaucoup plus grand, n'est autre
qu'un pygargue à queue blanche. Il se montre complaisamment
en se rapprochant de nous, et même à cette hauteur,
c'est une observation grandiose. Nous en verrons un autre 25 km
plus loin, et deux exemplaires posés
sur une butte mi-herbe mi-rocher près de la mer, ces deux-là
aussi sont impressionnants, gigantesques, avec leur tête plus
claire et leur fort bec jaune.
Sur la droite après une descente, dans un paysage de tourbe,
un couple de cygnes sauvages et leurs trois petits voguent sur un
beau lac calme et peu profond. Plus loin, c'est une flottille de
harles huppés. Tiens, deux ramiers, ce sont les premiers
du voyage...

Jeudi 21 juin matin (Andenes)
Hier soir pendant notre repas, un couple de garrots à oeil
d'or remonte l'estuaire. Ce matin, toujours près de la tente,
c'est la fauvette babillarde qui accompagne notre petit déjeuner.
Ce midi, sur un petit lac quasi urbain, population mixte de sternes
arctiques et pierre-garin. Sur le coté de la route, deux
mésanges boréales, pas des lapones, dommage...

Lundi 18 juin (Svensborg)
Vers 14h00, une bécasse nous survole deux fois en poussant
ses Tsip Tsip caractéristiques. Belle invitation à
d'autres observations, et sur le lac au bord duquel nous pique-niquons,
nous admirerons un couple de macreuses brunes et un magnifique grèbe
esclavon isolé.

Samedi 16 juin (Nordkjosbotn)
Hier soir vers 19h30, je suis allé faire un petit tour dans
le drôle de delta où pour un soir nous avions élu
domicile. Il régnait en fait une grande fébrilité,
chacun s'époumonnant, pourchassant l'autre, effectuant des
acrobaties aériennes, etc. Les bécasseaux de Temminck
continuent leur numéro fantastique, deux chevaliers aboyeurs
s'envolent en criant bruyamment, un couple de pluviers dorés
est aux aguets, les courlis corlieux se moquent toujours de moi,
le grand gravelot ne se laisse pas trop impressioner, deux mouettes
rieuses dans la mare près de la tente n'ont rien à
faire tellement au Nord, et l'arrivée de deux labbes parasites
sème la confusion définitive parmi tout ce beau monde...

Mardi 12 juin 2001 (Langfjordbotn)
Hier soir, 23h50, de nombreuses hirondelles de rivage effectuent
un petit ballet depuis un fil électrique qui borde le camping.
J'en compte au moins 75, puis je vais me coucher sous un soleil
encore radieux. Aujourd'hui, un groupe d'une dizaine de harles bièvres.

Lundi 11 juin 2001 (Alta et environs)
Je n'attendais pas voir quoi que ce soit aujourd'hui, me voilà
servi. En pédalant dans une zone rurale entre le camping
et la ville, un flash sur ma gauche, comme un grand goéland
immature. Hélà, pas du tout, c'est une grande chouette,
qui chasse à quelques mètres du sol, longe et relonge
une rangée d'arbres au bord de champs bocagés. Je
pense tout de suite à la chouette lapone, plutôt que
l'épervière, et au retour le guide me confirme cette
observation, hormis l'habitat, supposé être des forêts
de conifères?
Encore quelques nouveautés, toutes à la limite de
leur aire de répartition: un groupe d'hirondelles de fenêtre,
une hirondelle de rivage isolée, un gobe-mouche noir qui
m'interpelle par son chant, peu familier en ce qui me concerne.

Dimanche 10 juin 2001 (Alta)
Un labbe à longue queue passe au-dessus de nos têtes
quand nous roulons; meilleure observation d'un bruant lapon, chantant
au sommet d'un petit bouleau; 3 chevaliers sylvains dans la toundra
sans un arbre à l'horizon. Un chant non identifié
provoque régulièrement ma curiosité, on l'entend
de loin et l'oiseau ne se laisse pas voir, il ne perd rien pour
attendre...

Samedi 9 juin 2001 (Duoddar Sion)
La palme aujourd'hui revient au gorge bleue. Présent partout
dans les buissons de la toundra, on l'aperçoit quelques fois
(c'est la sous-espèce à miroir roux) mais on l'entend
surtout énormément. Son chant est très varié,
puissant, au point que je croyais au début entendre un drôle
de rossignol.
Des
bandes de sizerins flammés égayent aussi notre lente
progression. Ils se déplacent bruyamment d'un endroit à
l'autre, à force de "tyoup tyoup tyoup..." et autres
trilles.
Saisissant, 3 chevaliers combattants (dit-on combattant variable
maintenant?) entre la neige et un large fossé, sur un plateau
tout-à-fait désolé; ils arborent des colerettes
magnifiques de couleurs différentes.
Je crois savoir qui est le limicole mystère de l'autre jour:
j'ai d'abord pensé que cela pouvait être un chevalier
guignette, car un couple a montré hier soir et ce matin un
comportement un peu semblable au-dessus d'une rivière, moins
frénétiquement toute fois et sans monter dans le ciel
presque telle une alouette. Pas très satisfait de cette hypothèse,
je revois aujourd'hui un spécimen qui nous refait le même
spectacle que ce mercredi, avant de se poser à une certaine
distance. Je reconnais cette fois le bécasseau de Temminck,
du moins il en a tout l'air et cela expliquerait le rapprochement
avec le chevalier guignette.
Sympathiques observations de fin de journée: un labbe à
longue queue survole notre campement, descendant le cours d'une
rivière; sur une plaque de neige qui borde une mare tout
proche, un bruant lapon mâle se promène; un vibrato
grave me fait lever la tête: c'est le "bêlement"
de la bécassine des marais qui cercle le ciel en vol nuptial,
en écartant parfois la queue comme un petit éventail.

Vendredi 8 juin 2001 (Olderfjord)
La vedette aujourd'hui est le courlis corlieu, qui nous acompagne
régulièrement de son rire sacastique. Deux labbes
parasites houspillent... une bande de rennes! Peut- être défendaient-ils
leur nid? Un coucou chante, je me demande quel passereau il peut
bien parasiter: sans doute le pouillot véloce ou le traquet
motteux. Avec la bergeronette grise et le pipit (farlouse ou à
gorge rousse? Je devrais l'identifier), ce sont quasi les seuls
petits insectivores sous ces latitudes.

Jeudi 7 juin 2001 (Kafjord)
Hier peu avant minuit au Cap Nord, une hirondelle rustique en
vol semble fort désemparée: la pauvre, que fait-elle
si loin de son aire de répartition?
Aujourd'hui, de nouveaux labbes parasites miaulent dans la toundra,
2 exemplaires sont posés au milieu d'une grande étendue
de neige.
Sur un petit lac bien en contrebas de la route, un cygne sauvage
et un couple de hareldes boréales. Plus loin le premier rapace
que nous observons est une splendide buse pattue, tout à
fait typique.

Mercredi 6 juin 2001 (Cap Nord)
Ce qui frappe avant tout, c'est de voir les hivernants de nos
latitudes ici en juin, avec des comportements de nidificateurs.
J'avais beau le savoir, cela reste très surprenant. Quelques
observations sans être exhaustif:
Hier sur un lac qui surplombe Tromso, un couple de plongeons catmarins
exhibe leur magnifique plumage nuptiale, avec cette gorge rousse
que nous ne pouvons pas voir en Belgique. Dans les sous-bois, grives
mauvis et pinsons du Nord.
Depuis l'Express Cotier, observation de plusieurs macareux moines
qui fuient à l'arrivée du puissant ferry. Pas de mouette
rieuse, mais bien la tridactyle et surtout le goéland cendré
en nombre.
Sur l'Ile du Cap Nord, c'est l'émerveillement. Les eiders
sont plus beaux que jamais et émettent de plaintifs jappements
de chiots. Deux couples de harles huppés, un guillemot à
miroir isolé. Dans la toundra, des pluviers dorés
très régulièrement; quel plaisir de les voir
sur la neige ou à proximité, ainsi que les grands
gravelots! Un couple de lagopèdes, d'Ecosse selon le plumage
en mue blanc parsemé de brun pour le mâle, alpin selon
la répartition ou le milieu gégraphique (toundra,
altitude environ 200 mètres).
Le limicole mystère: en vol nuptial pareil à une
pipistrelle ou un oiseau mouche (battements d'ailes hyper rapides),
trille incessant, taille d'un grand bécasseau ou d'un petit
pluvier, ventre clair... Le comportement en vol était vraiment
fascinant.

Mardi 5 juin 2001 (Tromsö)
Soleil de minuit et sommeil des oiseaux:
1h30 du matin ce 5 juin, j'écoute les cris des oiseaux qui
ne semblent pas plus dormir que moi. Il me suffit d'entr'ouvrir
le rideau pour diriger un peu de la clarté extérieure
sur le clavier et l'écran de mon petit Nokia.
Sans doute les scientifiques d'Aves pourront-ils répondre
à ces questions préoccupantes sur le sommeil des oiseaux.
Comment font-ils pour dormir ici à Tromso, alors qu'il fait
jour sans interruption du 18 mai au 25 juillet? Les martinets dorment-ils
vraiment en volant? Comment les canards parviennent-ils à
ne dormir que d'un oeil?
En tout cas, certains migrent pendant la nuit, même noire:
à Ixelles (Bruxelles), j'ai cru entendre très distinctement
le "Wuit, Wuit Wuit" de la caille des blés, début
mai à 4h45 du matin. Il arrive que les grues cendrées
fassent entendre en
pleine nuit leur cri trompettant, le long de leur couloir de migration.
Où dorment les oiseaux? Pas dans leur lit douillet, peut-être
dans leur nid douillet? Douillet comme celui de la mésange
bleue, (mousse, crin, duvet...), certainement plus que l'amas de
brindilles du pigeon ramier, la cuvette de graviers du petit gravelot,
la plateforme rocheuse du faucon pélerin... Mais généralement,
ils n'y séjournent que pendant la nidification.
Dorment-il alors sur les lieux de leur activité journalière?
Le martinet dans le ciel, le rouge gorge sur sa branchette... En
tout cas, ce ne peut etre le cas pour les humains: le pilote d'avion
ne peut pas s'endormir dans son cokpit, ni le cueilleur
s'assoupir, assis sur la branche d'un pommier.
Il est 02H00, la lumière est plus forte que jamais et je
devrais me rendormir...
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