Un peu d’histoire ….

Il y a quatre mille ans d’ici, quelque part en Asie Centrale ; à moins que ce ne soit pas exactement là et qu’il y ait plus de quatre mille ans, un jeune berger emmenait quotidiennement les chèvres et les moutons de sa tribu paître parmi les herbes rudes, les saxaouls et les férules qu’ils devaient disputer aux kulans et aux chevaux sauvages. Le faucon qui nichait non loin de là dans une petite vallée rocheuse n’avait pas été long à se rendre compte de ce que la petite troupe levait bien souvent sur son passage, perdrix ou gangas. Il lui suffisait d’attendre les traqueurs d’occasion et de fondre sur le gibier qui s’envolait devant eux. Le pâtre, lui aussi, avait fini par se rendre compte qu’il pouvait y avoir à tirer profit du tueur du ciel : il lui suffirait d’attendre que le faucon ait tué sa proie ou même qu’il l’ait plumée pour s’en emparer. Tout fier, il pourrait apporter à sa famille une grasse perdrix ou un ganga dodu pour le repas du soir.

Ce scénario qui se répétait régulièrement fit germer dans l’esprit du petit pâtre plus déluré que ses contemporains une idée ingénieuse pour l’époque ; il s’empara un beau matin de collets en crins de cheval que son père utilisait pour capturer gerboises et sousliks. Ce jour-là, il ne s’empara pas du gibier du faucon. Il garnit la perdrix de nœuds coulants et attendit que le faucon revint récupérer sa proie. Le rapace s’empêtra dans les lacets, le petit berger le délivra mais ne le remit pas en liberté. Ce soir-là il rentra chez lui avec une perdrix et un faucon, l’une morte, l’autre bien vivant.

Le dressage – quelques millénaires plus tard, on aurait dit l’affaitage- ne fut pas simple mais après quelques mois, le petit pâtre apportait le soir à sa famille bien plus de perdrix et de gangas qu’auparavant, c’était même parfois une sarcelle ou un canard.
La fauconnerie semble bien trouver son origine sur les plateaux d'Asie Centrale, dans des régions où, maintenant encore, se rencontrent les plus grandes concentrations naturelles d'oiseaux de proie aptes à être affaités (dressés). Des hommes, nomades poussant leurs troupeaux, ont observé que des oiseaux de proie profitaient du gibier levé par les troupeaux. Pourquoi alors, ne pas tenter de les dresser et de récupérer ainsi une nourriture fort rare ? D’alimentaire, la fauconnerie deviendra au fil des siècles, un mode de chasse à part entière, riche d’un exceptionnel patrimoine culturel et linguistique, à tel point que d’innombrables termes passeront dans la langue française courante.

Les Kirghizes, Kazakhs et Mongols, nomades et chasseurs, pourraient bien avoir été jadis les premiers fauconniers. La documentation la plus ancienne que nous possédons sur la fauconnerie date d'il y a… 35 siècles. L'usage s'en est petit à petit propagé tant vers l'orient que vers l'occident.

Nous trouvons des traces dans la littérature chinoise, 2.000 ans avant JC. Une stèle hittite de 1700 avant JC pourrait figurer un fauconnier, la fauconnerie s’était étendue vers l’ouest.

Ce n'est que vers le VIIème siècle que le monde arabe la découvre, tandis que la pratique en est introduite en Europe par les germains lors des grandes invasions, sans doute vers le IVème siècle.

C'est au Moyen Age que l'on voit vraiment se développer la fauconnerie dans tous les pays d'Europe. Selon les périodes et les régions elle fut largement pratiquée par tous, ou, au contraire, l'expression jalouse de la noblesse, voire privilège royal.

Arte Venandi Cum AvibusLa technique s'affine peu à peu, grâce en particulier à l'usage du leurre. Le chaperon sera rapporté d'Orient par les croisés en 1229. Ce sont par contre les chevaliers croisés, en particulier les Flamands qui firent connaître au monde arabe le chien d’oysel, dressé à quêter et lever le gibier puis à aider le faucon à maîtriser les oiseaux de grande taille.
 

Puis apparaît le plus riche et le plus célèbre traité de fauconnerie d'Occident " De arte venandi cum avibus " de l'Empereur Frédéric Il de Hohenstauffenqui allie une science ornithologique profonde et un savoir-faire pratique porté à la perfection.
L ‘ars venandi cum avibus’  a brillé dans les siècles passés d’un éclat et d’un lustre glorieux dans notre pays. Il suffit de voir l’iconographie qui lui est réservée.

La Belgique jouissait jusqu’au siècle passé d’une réputation internationale dans ce domaine. Les cours royales et princières de toute l’Europe tenaient dans la plus haute estime les fauconniers de notre pays. Au XIIIème siècle, le village d’Arendonk (près de Turnhout) en Campine livrait déjà des maîtres fauconniers aux ducs de Brabant et aux ducs de Bourgogne tandis que la région de Valkenswaard était plus réputée pour ses piégeurs.

La fauconnerie des Ducs de Brabant et de des Ducs de Bourgogne connut son apogée sous les règnes de Philippe le Bel, Marie de Bourgogne et Charles Quint. Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire et épouse de Maximilien d'Autriche meurt le 27 mars 1482 des suites d'une chute de cheval lors d'une chasse à l'oiseau.

En France, sous Louis XIII, fauconnier dans l'âme, cet art connaît son apogée ; la fauconnerie française est la première dans le monde, tant par l'éclat de ses équipages que par sa technique. Peu à peu, au XVIIème et XVIIIéme siècles, la fauconnerie va passer de mode avec le développement des armes à feu.

Le flambeau sera néanmoins repris par quelques originaux et amateurs éclairés, dont certains aristocrates, anciens émigrés qui avaient rapporté de l'étranger l'amour de la chasse au vol et surent le transmettre.

La fauconnerie sera ainsi pratiquée dans notre pays de 1911 à 1927 par les vicomtes le Hardÿ de Beaulieu.
La renaissance de la fauconnerie en Belgique est due à la fin des années 30 à Charles Kruyfhooft de Turnhout qui reprendra la tradition du vol de la corneille, entouré de quelques amis.

Une association belge de fauconnerie, le Club Marie de Bourgogne est fondée en 1966, quelques amateurs redécouvrant et vulgarisant les techniques de la chasse au vol et entreprenant des efforts pour la reconnaissance légale de ce mode de chasse.
 
 
 

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