Départ

Ce ne fut qu'un soupir, une envolée de bulles
Quand l'ombre et la lumière s'accouplaient dans la nuit,
Un petit cri muet que pas un n'entendit.

Ce ne fut qu'un frisson, un froissement de tulle
Là où soir et matin dorment au même nid,
Une vague sans eau sur une mer tarie.

Ce ne fut qu'un instant, un point, une virgule
Quand le temps se suspend entre deux infinis,
Un arrêt sur image à l'écran d'une vie.

Ce ne fut qu'une porte au bout d'un vestibule
Qui s'ouvrit sans grincer pour un départ sans bruit …
Et qui se referma comme un œil sur l'oubli.                                   
GhB mars 2002.




Monde inachevé

Ce sera dans longtemps, au-delà des augures,
Ce sera dans mille ans lorsque nos molécules,
Recyclées sur trois règnes au gré de la nature
Oublieront qu'elles avaient habité nos cellules…

Ce sera hors du temps, plus loin que nos visières,
Dans dix mille ans peut-être alors que nos atomes,
Brassés à l'infini au sein de la matière,
Oublieront qu'ils avaient déserté nos fantômes…

Ce sera bien plus loin qu'un détour galactique,
Dans un million d'années, alors que nos ions,
Orphelins de leur poids dans les flux magnétiques,
Nieront avoir hanté les corps que nous étions…

Ce sera par-dessus le peuple des humains
Un sursaut créateur, prolongeant la genèse,
Le cri d'enfantement d'un être surhumain…
Ce sera la naissance de la prochaine espèce.                       
GhB août 1998.








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