On parle de plus en plus de ce médicament "miracle" destiné à soigner l'alcoolo- dépendance.
Miracle? Il n'en est rien. En matière d'alcoolisme il n'y a pas de panacée universelle.
Son prix élevé ( 34 Euros la boîte de 84 c ), sa posologie ( de 4 à 6 c/jour) et le fait qu'il ne bénéficie d'aucun remboursement par la sécurité sociale en limite encore l'usage.
Afin que chacun puisse se faire une idée sur les limites et les possibilités de traitement par ce nouveau produit vous pouvez consulter ci-dessous un extrait de la notice pour le public ainsi qu'un interview d'un alcoologue suisse.
Le mode d'action du Campral est décrit largement sur le site du Dr Morenon.
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Extrait de la notice pour le public.
Qu'est ce que le Campral?
Le principe actif du Campral est l'acamprosate ( 333 mg/comprimé ).
Le Campral se présente sous forme de comprimés enrobés gastro-résistants et est conditionné par boîte de 24 et de 84 comprimés.
Les Comprimés ne contiennent ni sucre, ni édulcorants.
Indications
Le Campral est prescrit dans le traitement de l'alcoolo-dépendance ( consommation excessive de boissons alocoolisées) pour le maintien de l'abstinence et prévenir les rechutes. La prise de Campral doit être associée à des mesures d'accompagnement psychosocial.
Comment utiliser le Campral
La durée conseillée du traitement est d'un an. Si malgré tout, vous consommez de l'alcool pendant une période brève, vous pouvez continuer à prendre normalement du Campral, mais il est préférable d'en avertir votre médecin.
Si vous avez absorbé plus de comprimés que ce que le médecin vous a prescrit, il est recommandé de consulter votre médecin.
Le Campral a-t-il des effets secondaires
Les effets secondaires sont bénins et disparaissent rapidement.
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Chef de la division d'abus de substances aux
Hospices cantonaux, Université de Lausanne,le
Dr
Jacques Besson lutte sur tous les fronts de la maladie
alcoolique: biologique, psychologique et social.
Alcoologue, c'est-à-dire spécialiste des problèmes
d'alcool, ce psychiatre recommande l'intervention face à un collègue ou un
conjoint qui boit.
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En Suisse, nous sommes nombreux à boire régulièrement de l'alcool.
Quelles sont les limites à ne pas franchir, docteur?
Pour faciliter la discussion sur les quantités, nous comptons en drinks. Un
drink, c'est à peu près 1,5 dl de vin, 3 dl de bière, un whisky de bistro, un
verre de liqueur. Tout cela contient la même quantité d'alcool. Avec deux ou
trois drinks par jour pour les femmes et trois ou quatre pour les hommes, on est
déjà dans la zone limite. Au-delà, le risque augmente de faire une cirrhose
et des problèmes de santé. Toutefois, cette limite est statistique. Il est
clair que des gens boiront le double sans problèmes et que d'autres auront
déjà des difficultés à ces doses-là; par exemple, les femmes enceintes, les
épileptiques ou ceux qui prennent certains médicaments. N'empêche:
les gens qui boivent un litre par jour ont 98% de risques de faire une cirrhose.
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Le fait de boire régulièrement augmente les risques?
Bien sûr. De manière générale, on conseille des jours sans boire pour que le
foie et les organes digestifs puissent se reposer. De plus, pouvoir se passer de
boire est une garantie de non-dépendance. Idéalement, on devrait arriver à
faire trois jours par semaine sans alcool.
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Donc, une femme a droit à deux ou trois drinks, quatre jours par
semaine?
Oui. Et il faudrait encore se limiter à un drink à l'heure. Ça permet de
faire une soirée chez des amis, de boire trois-quatre verres et d'être à une
alcoolémie très basse à la sortie, puisque le corps élimine à peu près 0,1
pour mille d'alcool à l'heure. Ceux qui veulent boire de l'alcool sans
problèmes peuvent retenir cette règle en forme de nombre: 441 pour les hommes,
431 pour les femmes. Pas plus de 4 jours par semaine, 3 ou 4 drinks par jour et
1 à l'heure. Statistiquement, c'est un programme de sécurité.
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Au-delà de ces limites, est-on considéré comme alcoolique?
Aujourd'hui, on est convaincu que l'alcoolisme est une maladie qui a en tout cas
trois dimensions, biologique, psychologique et sociale. Or, selon les critères
de l'OMS, le premier degré de cette maladie est l'abus d'alcool, soit une
consommation entraînant des problèmes de santé biopsychosociaux. Ainsi, un
jeune qui boit trop tous les week-ends et prend régulièrement des risques au
volant de sa voiture, remplit les critères d'une utilisation abusive.
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L'alcoolisme n'implique pas la dépendance?
La dépendance est un degré plus avancé de la maladie, qui ajoute les
problèmes de sevrage et de tolérance à ceux de l'abus. A ce stade, si la
personne diminue sa consommation, elle éprouve des symptômes de sevrage: des
sensations désagréables, angoissantes, qui l'amènent à reconsommer pour se
sentir mieux. Mais, comme sa tolérance augmente, elle doit boire plus pour
avoir le même effet. Tolérance et sevrage l'enferment donc dans la
dépendance.
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Mais comment devient-on tolérant?
Cela se passe dans le cerveau. L'alcool est un sédatif. A petite dose, il
désinhibe, à grosse dose, c'est un somnifère. Quand on n'a pas l'habitude de
boire, le cerveau se laisse endormir. Mais, si on se met à boire
régulièrement, il apprend la musique et va fabriquer des excitateurs pour
compenser la sédation alcoolique. Alors, même en buvant comme un trou, on peut
vaquer normalement à ses activités. Dans le canton de Vaud, on dit: il
supporte. Mais c'est un signal d'alarme. Ça veut dire qu'on est devenu
tolérant. Or, à ce moment-là, si on retire l'alcool, qu'arrive-t-il? Les
excitateurs sont toujours là. On comprend donc pourquoi les symptômes du
sevrage sont l'irritabilité, l'excitation, des tremblements, etc. Et cela peut
aller jusqu'au delirium tremens, avec hallucinations, crises d'épilepsie et
même la mort.
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A ce stade, c'est
l'alcool qui commande?
Absolument. Et cela va bien au-delà de modifier notre
état de conscience. L'alcool pousse aussi à retourner à l'alcool et, grâce
aux neurosciences, on commence à comprendre comment. On a identifié dans le
cerveau, plus précisément dans le système limbique, certains groupes de
neurones impliqués dans des mécanismes comme l'appétence et la satiété, la
motivation, la mémorisation affective, la récompense, etc. Or,
l'expérimentation animale a permis de montrer que l'alcool agit sur l'ensemble
de ces noyaux: il augmente l'appétence pour l'alcool et diminue la satiété,
il donne une impression de récompense parce qu'il dégage des opiacés en se
dégradant, il va être connoté positivement, avec tous les rites et lieux qui
l'entourent, et mis en mémoire comme une bonne adresse, etc. Donc il renforce
les comportements alcooliques.
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Et physiquement, l'alcoolique prend-il d'autres risques que la fameuse
cirrhose?
Certes. L'alcool ne protège que contre certaines maladies cardiovasculaires,
mais à petites doses, un verre ou deux par jour. Sinon, il favorise presque
toutes les maladies, dont les cancers, où le risque est linéaire: un verre,
c'est un risque un, deux verres, un risque deux, etc.
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On dit aussi que l'alcool détruit le cerveau...
Vrai. Après des années de consommation chronique, il détruit les neurones.
Directement, contrairement aux autres drogues. C'est probablement le fait d'un
de ses produits de dégradation dans le corps, une espèce de formol, qui est un
poison pour les cellules.
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On considère l'alcoolisme comme une affection psychiatrique parce qu'il
se traduit par des troubles du comportement. Mais n'est-il pas aussi favorisé
par les problèmes psychologiques?
En effet. En cas de problème psychologique ou psychiatrique, on risque plus
d'avoir des problèmes d'alcool. Et inversement. On sait que 45 à 50% des
alcooliques souffrent d'un deuxième trouble psychiatrique. Le plus souvent, une
dépression. En général ñ dans une proportion de deux tiers/un tiers ñ,
cette dépression est plutôt une conséquence chez l'homme et une cause chez la
femme. Mais, cause ou conséquence, tout finit par s'emballer dans un cercle
vicieux. L'important est de bien identifier les problèmes et de traiter chacun
d'eux de manière spécifique.
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L'hérédité joue un rôle?
Le premier, même. Il suffit d'avoir un parent proche alcoolique pour être à
risque. En fait, c'est une triple vulnérabilité qui se transmet. Sociale,
d'abord, car l'enfant d'alcoolique vit des choses pénibles qui vont le
défavoriser. Psychologique ensuite, puisque avoir des parents alcooliques est
une catastrophe; ils vont avoir de la peine à régler la relation, seront soit
abusifs, soit carentiels. Et, bien sûr, avoir vu ses parents se battre, vomir
partout, tout cela est de l'ordre du traumatisme psychique. Enfin, il y a une
vulnérabilité génétique.
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Un gène de l'alcoolisme?
Précisément, il semble qu'une fraction de la population, probablement 5 à
10%, porte des gènes qui rendent ces sujets susceptibles de devenir dépendants
à l'alcool. Et, actuellement, on a de bonnes raisons de penser qu'il y a
transmission génétique d'une vulnérabilité à l'alcool: une étude
américaine a mis en évidence un gène associé à plus de 60% d'alcoolismes
chroniques!
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Et le regard complaisant de notre société sur
l'alcool?
Vous avez raison. Dans toute culture, il y a une substance psychoactive
autorisée. Mais dans une culture saine, on la réserve à certains rites.
Tandis que dans la société moderne, les psychotropes sont devenus des produits
de consommation. Or, ils ne sont pas inoffensifs comme les macaronis: un Suisse
sur dix tombe au fond du verre.
On a tout de même fait des progrès dans les traitements
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Surtout avec le Campral?
Effectivement, le Campral fait partie d'un groupe de
nouvelles substances agissant directement sur les noyaux qui renforcent le
comportement alcoolique dans le cerveau.
Parmi
ces substances, il y a la Nemexine, qui compense l'effet des opiacés produits
par la dégradation de l'alcool dans le corps et qui diminue un peu l'impression
de récompense. Le Campral, lui, réduit
l'appétence à l'alcool. Mais
seulement chez l'alcoolique sevré; toutefois, on conseille de
continuer à le prendre en cas de rechute. Après l'avoir testé sur une année,
on n'a constaté ni accoutumance ni rechute après
l'arrêt.
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Est-ce la fin de cet Antabus qui rend malade comme
un chien?
Non. L'Antabus intervient à un autre niveau du traitement
de la dépendance. C'est un gendarme qu'on a dans l'estomac. Mais, vu ses
effets pénibles, on ne le prescrit qu'aux volontaires. Et, aujourd'hui, on
l'utilise dans des thérapies en réseau. On demande au patient, s'il est
d'accord, d'aller tous les jours chercher son comprimé en pharmacie ou chez une
infirmière. Ainsi, il ne se soigne plus seul comme il le faisait en buvant. De
plus, s'il ne se présente pas, on peut réagir plus vite et limiter la rechute.
Par ailleurs, j'ai participé à une étude romande récemment publiée aux USA,
qui montre que si les patients ont du Campral et de
l'Antabus, ils doublent l'efficacité de leur traitement.
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Mais, peut-on guérir l'alcoolisme ou rechute-t-on toujours?
Je vais vous répondre par une plaisanterie. Si, par guérison, vous entendez
plus jamais un seul verre et plus de problèmes avec l'alcool, alors le taux de
succès est de 0%. Mais il est de 100% au sens où je l'entends, c'est-à-dire
un cheminement thérapeutique avec un réseau coordonné et plusieurs
intervenants qui vous amènent par étapes à une amélioration progressive, où
les rechutes sont plutôt considérées comme des étapes maturatives.
La maladie étant biopsychosociale, le traitement prend tout en compte, du
sevrage aux problèmes de dettes en passant par le traitement de la famille.
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Mais le gros problème est d'amener l'alcoolique à se soigner?
En effet. C'est tout le problème du déni alcoolique. Dans sa famille, au
travail, tout le monde voit le problème d'un alcoolique, mais personne ne sait
comment l'aborder. Et puis une bonne âme se dévoue et, en général, le
bonhomme répond qu'il n'a pas de problème. Or, bien sûr, il sait qu'il a un
problème. Seulement, il ne peut pas l'admettre parce que l'alcool est sa raison
de vivre; il a appris à gérer son quotidien avec lui et il ne sait pas comment
vivre sans.
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Alors, que peut-on faire pour aider un alcoolique?
Eviter de le coincer, mais ne jamais devenir son complice. Il faut lui parler
clairement, sans le juger ni le rejeter. Lui dire qu'on l'aime lui, mais pas sa
maladie, qu'on est prêt à en parler, à entreprendre des démarches avec lui.
S'il continue à nier? Il faut attendre un peu et revenir à la charge. Au
besoin, consulter soi-même un spécialiste et demander un conseil. En dernier
recours, un époux ou une épouse peut en appeler à la police ou à la justice,
qui vont convoquer l'intéressé, voir les mesures à prendre, donner un délai
d'épreuve. Bien sûr, ces démarches sont dures et il faut être prêt à aller
jusqu'au bout, jusqu'au divorce au besoin. Mais une
étude, qu'on vient de faire à Lausanne, montre qu'une mesure autoritaire peut
donner de meilleurs résultats qu'un traitement sur une base volontaire.
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Et soi-même, on commence où?
Parlez-en à votre généraliste. Il peut vous
aider. Et, au besoin, il peut consulter avec vous un
spécialiste de l'alcool.
Mireille Monnier
© L'ILLUSTRÉ 1998