L'adolescence est la période des virées entre copains. C'est à ce moment que peut s'enclencher un processus sournois pouvant conduire à l'alcoolisme. Certains malades ayant passé la trentaine, refusent d'arrêter de boire pour pouvoir continuer à faire la noce. Mais les copains d'autrefois se sont  casés et éloignés d'un  compagnon que l'alcool a rendu bien différent. Reste la solitude et peut-être l'un ou l'autre avec lequel s'enivrer.

Cet article est paru dans Télé 7 jours en présentation du magazine "Savoir plus santé" diffusé sur France2 le 20 novembre 1999 à 13.50

                         Les ados et l'alcool: comment les aider

       15 % d’entre eux boivent trop

L’âge moyen de la première cuite? 15 ans! Si aucun adolescent n’est vraiment alcoolique, nombre d’entre eux développent un penchant inquiétant pour l’ivresse. Le professeur Philippe-Jean Parquet , chef du service d’alcoologie à la clinique de la Charité, à Lille, fait le point.

       Leur boisson préféré : la bière

En France, depuis quinze ans, la consommation globale d’alcool chez les ados a diminué. Mais inutile de crier cocorico! Si les amateurs modérés ou les abstinents sont plus nombreux, les gros buveurs" consomment plus encore que ceux des générations précédentes.

Près d’un ado sur trois a déjà été ivre avec une quantité moyenne de 9,5 verres lors de la dernière "cuite" ! Leur boisson préférée? La bière, qu’ils ingurgitent à la ligne ou au mètre, dans les soirées. En fait, 15% des ados ont un réel problème avec l’alcool.

Pas d’alcoolisme chez les moins de 25 ans

Inutile de chercher : on ne recense aucun alcoolique chez les ados. Car une réelle dépendance (avec consommation quotidienne, syndrome de sevrage ou maladie inhérente comme la cirrhose) ne s’installe qu’après une dizaine d’années d’accoutumance. Les spécialistes parlent donc pour les teen-agers de "conduite d’alcoolisation nocive", entraînant des dommages: accidents de la route (25 % impliquent un jeune de moins de 25 ans), accidents sportifs, relations sexuelles sans protection, etc.

Le poids de la génétique et de l’hérédité

La vulnérabilité des ados face à l’alcool est tributaire de données biologiques (10 %, de la population française est génétiquement plus sensible aux effets de l’alcool), sociales (intégration difficile dans le cadre scolaire et social) et psychologiques (nature plutôt dépressive).

Plus l’adolescent cumule les handicaps, et plus il risque de trouver dans l’alcool un palliatif. Les habitudes jouent également un rôle notable: dans les familles où les parents boivent beaucoup d’alcool, cette substance est perçue de manière positive, et ses méfaits sont toujours minimisés.

        A qui s’adresser ?

La première étape : prendre conscience d’une consommation immodérée. il faut aider l’ado à s’interroger sur la fréquence et l’abondance d’alcool qu’il absorbe, et les précautions qu’il prend lorsqu’il est ivre. Son entourage (famille, amis, médecin de famille) peut l’encourager à faire le point.

Une fois cette prise de conscience faite, s’il y a lieu de s’inquiéter, infirmières ou médecins scolaires, assistantes sociales, moniteurs de sports, pédiatres ou pédopsychiatres peuvent lui venir en aide.

Quels traitements?

Deviendront dépendants 5% des ados amateurs d’alcool. Mais tant qu’il ne s’agit pas d’alcoolisme, le recours aux médicaments ou à une cure de désintoxication est exclu!

Le travail que vont faire les médecins passe par l’écoute et le dialogue: groupe de parole, accompagne -ment thérapeutique et thérapie comportementale.

Leur objectif: modifier l’attitude de l’adolescent pour que son alcoolémie n’entraîne plus de dommages. Autrement dit, lui apprendre à s’arrêter à temps (le slogan "Un verre, ça va; trois verres, bonjour les dégâts" est toujours d’actualité) et à ne pas prendre de risques (par exemple, conduire lorsqu’il a trop bu).

CAROLINE B.